Les canons à neige de plus en plus utilisés en moyenne montagne (ici dans les Alpes autrichiennes)

Les canons à neige de plus en plus utilisés en moyenne montagne (ici dans les Alpes autrichiennes)

AFP
Avant le rendez-vous de Copenhague, nous avons voulu avoir le témoignage d'un observateur des évolutions du climat
Nous avons interrogé le responsable du Centre d’Etudes de la Neige, Pierre Etchevers, sur les conséquences concrètes, sur le terrain –ici la montagne- des évolutions climatiques.

Le Centre d’Etudes de la Neige, organisme dépendant de la Météo nationale, est basé à Grenoble et son objet est d’étudier le manteau neigeux dans les Alpes françaises.

 

Le Centre d’Etudes de la Neige a accumulé des données depuis 50 ans. Quelles conclusions pouvez vous tirer de ces données en matière de climat ?

-Pierre Etchevers :  Sur les 50 dernières années, on a des données qui montrent une diminution de l’enneigement, avec cependant des différences selon les massifs. Cette diminution est surtout marquée en moyenne montagne, à 1.500 mètres d’altitude.

Et aux autres altitudes ?
-P.E : On a constaté qu’au dessus de 2.000 m cela n’a pratiquement pas évolué. De toute façon, les évolutions doivent se mesurer sur des périodes longues, une vingtaine d’années, en raison de la variabilité des saisons d’une année sur l’autre.

En moyenne montagne, la diminution de la couche de neige serait de quel ordre ?Température trop chaude: canon à neige inutilisable (photo AFP)
-P.E :
On a mesuré que sur 50 ans, l’épaisseur du manteau neigeux serait passé de 1,50m à 1,20m en moyenne. Ce sont des mesures que l’on a pu faire en se basant sur les données récoltées au Col de Porte, à 1300 m d’altitude, près de Grenoble.  Il ne s’agit pas d’un recul linéaire. On a en effet constaté que jusqu’en 1980 on avait une très grande constance dans l’épaisseur du manteau neigeux. Et à partir du début des années 80, on a constaté un décrochage avec un changement de l’épaisseur plutôt qu’une tendance continue.

Comment expliquer ce recul ?
-P.E :
Pour expliquer ce recul, il y a plusieurs explications possibles. Cela pourrait être du à un changement du niveau des précipitations. Or, on n’a pas constaté de baisse des précipitations. Il pleut ou il neige pareil. Ce qui a changé, c’est la hausse des températures de l’air. On estime que cette hausse des températures se situe entre 1,5 et 2,5° pendant l’hiver (de décembre à avril). Une augmentation des températures hivernales qui est plus forte dans le sud que dans le nord des Alpes.

-Cela se traduit comment ?

 -P.E : Il tombe autant d’eau sur les massifs mais moins sous forme de neige à cause de la chaleur plus importante et la neige qui est tombée fond plus tôt qu'avant au printemps. En reprenant notre exemple du col de Porte, on constate que la période enneigée est passée de 6 à 5 mois. En revanche en haute montagne, il n’y a pas de diminution car l’environnement reste suffisamment froid et les précipitations se font toujours sous forme de neige.

 

La carte montre les conséquences d'un changement climatique vers 2050 (CEN)Est-ce pour cela que l’on constate un recul des glaciers ?

-P.E : Entre l’étude de la neige et celle des glaciers, les choses sont un peu différentes. Les glaciers sont tributaires des températures aussi bien l’hiver que l’été. Si les glaciers reculent, c’est plus dû aux fortes températures estivales qui ont augmenté qu’à des modifications des manteaux neigeux.

 

Et pour l’avenir, comment voyez vous l’évolution ?

P.E : Nous ne pouvons travailler que sur des évolutions à 30 ou 50 ans. Sur 10 ans ce n’est pas possible. Pour pouvoir faire de la prospective, nous nous servons des études du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Si on prend comme hypothèse pour 2050 une hausse des températures de 2% et pas de changement du niveau des précipitations, on obtiendrait une diminution en moyenne montagne du manteau neigeux de 30% et une réduction de la saison d’un mois, avec seulement 4 mois de neige sur l’année. En haute montagne, en revanche, on verrait aussi des signes de changements, mais moins marqués.

Quelles conséquences, cela pourrait-il avoir pour le milieu de la montagne ?

-P.E : Cela aurait de multiples conséquences tant pour la faune que pour la flore. Mais aussi pour l’homme, en raison par exemple du changement de l’hydrologie… Cela aurait ainsi des conséquences sur l'économie avec par exemple la gestion des barrages, notamment. Des conséquences aussi sur l'érosion et les paysages.

 

Et pour l’économie locale ?

-P.E : Les stations de moyenne montagne se demandent déjà comment gérer ces éventuelles évolutions. Quels types d’investissements elles doivent faire. Comment gérer leur saison hivernale. Le Conseil général de l’Isère a mené une étude dans ce sens, tout comme l’Association des Elus de montagne.
Prévision pour 2050 en cas de changement climatique (CEN)

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