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EX-YOUGOSLAVIE

18/02/2008 | 22:04 par Pierre MAGNAN

Kosovo indépendant: et maintenant ?

- Kosovars brandissant leur nouveau drapeau (avec une étoile pour chaque minorité) le 17/2/2008 à Pristina -

Kosovars brandissant leur nouveau drapeau (avec une étoile pour chaque minorité) le 17/2/2008 à Pristina

© France 2

L'indépendance du Kosovo décrétée unilatéralement par cette province serbe n'a pas fini de susciter des interrogations

La sécession du Kosovo, province albanophone de Serbie, pourrait en effet donner des idées et légitimer des mouvements indépendantistes, tant en Europe que dans le reste du monde.

Depuis le «printemps des peuples» en 1848, on connaît la dangerosité de tels phénomènes pour les équilibres internationaux.

A l'issue du week-end de joie dans la capitale du Kosovo, Pristina, de nombreuses questions se posent.

Elles se posent en tout premier lieu à l'Europe qui devra gérer les conséquences de cette sécession. A l'Onu qui devra ou non reconnaître ce nouvel état, au Kossovo lui-même qui devra gérer ses minorités et au reste du monde qui pourrait avoir à connaître d'autres exemples d'indépendances.

 
Une Union européenne divisée

Pristina, manifestant célébrant l'indépendance avec un drapeau américain (AFP)Alors que l’Union européenne est en train d’adopter le traité de Lisbonne entérinant la création d’un ministre des affaires étrangères commun, les divisions se sont affichées au grand jour sur la question du Kosovo, obligeant Bruxelles à programmer une réunion d’urgence sur la question.

A l'issue de cette réunion, les chefs de la diplomatie française, allemande, italienne et britannique ont annoncé qu'ils allaient reconnaître ce nouveau micro-Etat issu de l'ex-Yougoslavie.

La reconnaissance formelle de la France et de la Grande-Bretagne a suivi dans la soirée, quelques heures après la reconnaissance formelle des Etats-Unis. Les Allemands ont annoncé que leur gouvernement se réunirait mercredi pour faire de même.

Quatorze autres pays européens ont annoncé dans la foulée leur intention de reconnaître également ce nouvel Etat, même si la décision formelle pourrait prendre encore plusieurs semaines.

Cette avalanche de reconnaissances a permis aux Européens de préserver l'image d'unité à laquelle ils tenaient tant, même si cinq Etats membres - Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie - ont indiqué qu'ils ne franchiraient pas le pas, au moins pour l'instant.

Ils contestent la légitimité d'une indépendance qui pourrait encourager les séparatismes chez eux et à travers le monde, et à laquelle le Conseil de sécurité de l'ONU, en raison de l'opposition de la Russie, a refusé son aval.

"Nous ne reconnaîtrons jamais le Kosovo" et "Nous considérons que cette déclaration unilatérale de l'indépendance s'est  faite en dehors du cadre des principes internationaux", a indiqué Chypre, confrontée à la division de l'île en deux zones. L'Espagne voit quant à elle sa souveraineté contestée au pays Basque et en Catalogne, alors que la Grèce est un Etat orthodoxe traditionnellement proche de la Serbie.

La majorité des membres de l'UE devraient cependant épauler le Kosovo par l'envoi de l'Eulex, une force de police et de justice forte de 2.000 hommes qui supervisera la province devenue Etat en remplacement de l'Onu.  

 
«Situation devenue intenable »

La Kfor, présente au Kosovo depuis 1999, ici le 17/02/2008 (AFP)"Les événements survenus aujourd'hui marquent la conclusion d'un processus qui a épuisé toutes les possibilités dans la recherche d'une issue négociée", ont déclaré en commun la Belgique, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne, la Croatie, l'Allemagne et les Etats-Unis.

Pour le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui avait été représentant de l'Onu au Kosovo (1999-2001) "il n'y avait pas d'autre solution sinon l'affrontement  perpétuel". Quant à George Bush, il a parlé des "Kosovars maintenant indépendants", sans pour autant reconnaître officiellement le nouvel état.

Pour ces pays, le statu quo était "devenu intenable". Une façon pour eux d’entériner le désir des Kosovars albanophones d’accéder à l’indépendance après les conflits de la fin des années 90 entre la Yougoslavie de Milosevic et les nationalistes kosovars. Conflit réglé militairement par l’intervention de l’Otan contre Belgrade.

A la suite de cette intervention, les soldats yougoslaves (la Serbie s’appelait encore à l’époque Yougoslavie et comprenait encore le Monténégro, devenu depuis indépendant)   se sont retirés de la province du   Kosovo , depuis administrée par l'Onu et aidée par les soldats de la Kfor.

A l'issue de ce conflit en 1999, une résolution de l'Onu avait été votée (résolution 1244) qui n'évoquait que l'autonomie de la province. Résultat Belgrade estime "illégale" cette indépendance et a affirmé que la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo  et son intégrité territoriale  "ont été garanties par la Constitution serbe, la Charte de l'ONU , la résolution  1244 du Conseil de sécurité de l'ONU  (...) et la loi internationale". Une position partagée par Moscou.

Le Conseil de sécurité de l'Onu n'a pu d'ailleurs trouver d'accord sur la question du Kosovo. Il n'a ni entériné ni rejeté l'indépendance de l'ex province serbe.

 
Un Kosovo éclaté ?
Manifestant à Mitrovica, nord du Kosovo, brandissant un drapeau serbe (AFP)"Dans la période qui s'ouvre, la Serbie fera office d'Etat dans les zones du Kosovo  où les Serbes sont majoritaires", a assuré le ministre serbe du Kosovo , Slobodan Samardzic, à Mitrovica. "Il en sera ainsi, car les Serbes ne reconnaissent qu'un Etat, la Serbie".

Le Kossovo, province à majorité albanophone, compte aussi des « minorités »  (reconnues sur le nouveau drapeau du pays par les étoiles) dont celle des Serbes. Ceux-ci habitent majoritairement au nord de la rivière Ibar…qui a toujours été un lieu de tension entre les communautés. Depuis la fin de la guerre de 1999, les forces internationales ont eu le plus grand mal à empêcher les violences.

De nombreux analystes discernent à Belgrade un "plan B", destiné à mettre en place une partition de facto, à défaut d'être officielle, du nord de la province…qui pourrait faire sécession en faveur d’un rattachement à la Serbie.
 
Un risque de contagion

Polisario (photo en 2007, AFP), Eta, Pkk, les risques de contagion indépendantiste existeLes principales craintes liées à la décision de Pristina de proclamer l'indépendance sont celles de voir d'autres peuples ou régions s'inspirer de cet exemple pour remettre en cause les actuelles frontières avec les risques de déstabilisation que cela peut entraîner.

Voici quelques exemples de régions qui pourraient connaître des revendications semblables.

Un Kurditan indépendant ?
Quelque 20 millions de Kurdes vivent entre le nord de l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie. Ils se définissent comme la plus grande minorité sans structure étatique de la planète.

La plupart vivent dans le sud-est de la Turquie, où le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) combat les forces turques depuis 1984. On estime que plus de 30.000 personnes ont été tuées dans les affrontements sporadiques. Un cessez-le-feu a été conclu en 1999, mais les violences ont repris en 2004.

La Turquie redoute que les Kurdes du nord de l'Irak, qui bénéficient d'un régime d'autonomie élargie, proclament leur indépendance et provoquent une onde de choc par delà les frontières.

Une Espagne éclatée ?
Le mouvement séparatiste basque ETA lutte depuis quarante ans pour l'indépendance du Pays basque entre nord de l'Espagne et sud-ouest de la France.   La lutte armée a fait plus de 800 morts, essentiellement côté espagnol. Dans le nord de l'Espagne, la région basque semi-autonome est peuplée de 2,1 millions d'habitants.

Il existe aussi des velléités d'indépendance aussi en Catalogne.

La question du Kosovo remet dans l'actualité des conflits anciens comme ceux du

-Sahara Occidental : ce territoire (260.000 habitants), de la taille de la Grande-Bretagne, est le théâtre du plus ancien des conflits territoriaux d'Afrique. Le Front Polisario combat pour l'indépendance du territoire annexé par le Maroc après la décolonisation espagnole de 1975. L'Onu veille au respect d'un cessez-le-feu fragile conclu en 1991, mais n'a jamais pu organiser de référendum sur l'avenir du territoire.   

-Haut-Karabakh: Enclave majoritairement arménienne en territoire azéri, le Haut-Karabakh (ou Nagorno-Karabakh) a été en 1992 le théâtre d'une véritable guerre entre les troupes de Bakou et les forces arméniennes. Le conflit a fait 35.000 morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Un cessez-le-feu a été signé en 1994. Le territoire fait toujours officiellement partie de l'Azerbaïdjan, mais est contrôlé par les forces arméniennes.

Dans l'ancien monde soviétique, l'indépendance du Kossovo peut réveiller, légitimer des mouvements centrifuges (les indépendantistes tchétchènes se sont félicités de cette indépendance) ou être utilisée par les grandes puissances.

               

Moscou peut être ainsi tenté de faciliter l'indépendantisme de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud situées dans la Géorgie dontManifestation contre les indépendantistes tamouls à Colombo (AFP) les positions ne plaisent guère à Moscou.  Peuplée de 200.000 habitants, l'Abkhazie est située entre la mer Noire et les montagnes du Caucase. Naguère destination touristique prisée, elle a combattu les forces géorgiennes en 1992-93 et bénéficie d'une autonomie quasi complète. Elle entretient des relations étroites avec la Russie (ses habitants ont accès à un passeport et aux retraites russes).         L'Ossétie du Sud a pris les armes contre le régime central de Tbilissi au début des années 1990.  Moscou a d'ailleurs annoncé vendredi que l'indépendance du Kosovo  aurait une influence sur sa politique à leur égard, suscitant l'inquiétude de Tbilissi.  

On pourrait ajouter dans cette liste des zones qui connaissent actuellement des tensions comme la Flandre en Belgique, le Sri Lanka avec les indépendantistes tamouls…

 
Une dernière étape dans la fin de la Yougoslavie ?

L'indépendance du Kossovo est la dernière (?) étape d'un processus d'éclatement de la Yougoslavie commencé en 1990 avec la séparation de la Slovénie (qui préside actuellement l'Union Européenne).

Indépendance de la Slovénie :

Première république à se détacher de la fédération, elle l'a obtenue de  manière relativement pacifique. Le 23 décembre 1990, 88% des Slovènes se prononcent par référendum pour   l'indépendance qui est proclamée le 25 juin 1991. Après dix jours (du 27 juin au 6 juillet 1991) d'escarmouches avec les  forces slovènes, l'Armée populaire yougoslave (JNA) se retire de Slovénie. Elle est reconnue par la Communauté économique européenne (CEE) et plus de  trente pays le 15 janvier 1992, puis par les Etats-Unis le 7 avril.

Indépendance de la Croatie :
L'indépendance de cette république a été beaucoup plus difficile et sanglante en raison du poids de l'histoire et en raison de l'imbrication des populations. L'arrivée du nationaliste Franjo Tudjman à la présidence, le 30 mai 1990, est suivie de  changements constitutionnels qui suscitent des mécontentements en Serbie. Les  régions croates peuplées de Serbes proclament leur autonomie le 21 décembre  1990. Au référendum du 19 mai 1991, boycotté par les Serbes, qui représentent  alors 12,6% de la population, l'indépendance obtient 92% des voix. Elle est  annoncée le même jour que celle de la Slovénie (25 juin 1991) et devient  officielle le 7 octobre. Mais des conflits armés entre des formations croates d'un côté, des  formations serbes l'armée yougoslave de l'autre, se transforment en août 1991 en guerre  ouverte qui va durer jusqu'à août 1995.  La CEE, les Etats-Unis et plus de trente pays reconnaissent la Croatie en  même temps que la Slovénie.    La Croatie et la République fédérale de Yougoslavie se reconnaîtront  mutuellement en août 1996.

Indépendance de la Bosnie-Herzégovine:
Là aussi l'indépendance de cette république est marquée par une violence qui va jusqu'au génocide malgré l'intervention de l'Onu. Cette république peuplée de Croates, de Serbes et de "Musulmans" se divisent sous l'effet des natiolismes qui refusent d'être gouvernés par Sarajevo.La Bosnie-Herzégovine est reconnue en 92 par les Douze européens et les Etats-Unis. Mais la même année, commence le siège de Sarajevo qui va durer jusqu'à la fin  de la guerre en 1995. Belgrade reconnaît la Bosnie lors des accords de paix de Dayton, qui ont mis  fin à la guerre le 21 novembre 1995. Les deux criminels Karadzic et Mladic impliqués dans les massacres de Srébrénica sont toujours recherchés.

Indépendances de la Macédoine
La Macédoine a obtenu son indépendance sans pratiquement verser une seule goutte de sang.  Approuvée à 95% au référendum du 8 septembre 1991, elle est proclamée le 15  septembre.

Indépendance du Montenegro
Le Monténégro a été la dernière république yougoslave restée liée à la  Serbie après les guerre des années 90. En avril 1992, les  deux pays forment la République Fédérale de Yougoslavie (RFY) qui devient en  février 2003 une union souple appelée Etat de Serbie-Monténégro. Mais les  sentiments indépendantistes prennent le dessus au Monténégro pour aboutir à un  référendum le 21 mai 2006 au cours duquel l'indépendance l'emporte avec 55,5%  des voix. L'indépendance est proclamée le 3 juin 2006.

Aujourd'hui, après la décision du Kosovo, des observateurs craignent que dans les républiques indépendantes nées de la Yougoslavie des entités puissent vouloir se détacher. On évoque ainsi les minorités serbes de Bosnie (plusieurs milliers de  jeunes Serbes bosniaques ont protesté lundi à Banja Luka, capitale de l'entité  serbe de Bosnie contre la naissance du Kossovo) ou les minorités albanophones de Macédoine (craintes de revendications d'une grande Albanie). 

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Video

- Manifestation de liesse à Pristina pour la déclaration officielle de l'indépendance du Kosovo le 17 février 2008 - France 2 -

Le Parlement kosovar a déclaré officiellement dimanche l'indépendance de la région, en opposition à la minorité serbe (voir)

- Province à majorité albanaise en Serbie, la déclaration d'indépendance du Kosovo entraîne une redistribution des cartes - France 2 -

L'indépendance nouvelle du Kosovo pose la question d'une redistribution des influences politiques dans la région (voir)

   
   

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