Les 36 thoniers-senneurs français se sont vu retirer leur permis de pêche spécial (PPS) pour le thon rouge jusqu'à la fin de la saison, en application de la décision de la Commission européenne sur les quotas de pêche. Cette décision a touché la Grèce, la France, l'Italie, Chypre et Malte. L'Espagne ayant bénéficié de quelques jours de plus.
Chroniquement surpêchés, les thons de Méditerranée sont victimes de leur succès, lié entre autres à celui des sushis (plat japonais de poissons crus) . Le Japon consomme à lui seul environ 70% de l'espèce pêchée en Méditerranée, et les prix ne cessent de grimper.
Bruxelles accuse certains thoniers-senneurs de tricher en ne déclarant pas toutes leurs captures. Mais Paris, un an après le Grenelle de l’Environnement, soutenu par la plupart des pays méditerranéens, conteste la décision et met en doute les données avancées.
"La commission a décidé de fermer la pêche quinze jours avant la date prévue sans crier gare. J'ai été surpris, je n'ai pas compris. Cela va à l'encontre du contrat de confiance qui la lie aux Etats membres", a souligné le ministre français de la pêche Barnier.
En théorie, la fermeture pourrait être annulée par un vote à la majorité qualifiée des 27 pays de l'UE lors de leur réunion à Luxembourg. Il est toutefois improbable qu'on en arrive là car un telle majorité serait très difficile à atteindre. "Mon état d'esprit n'est pas d'entrer en guerre avec la commission mais je veux l'obliger à expliquer ses décisions de manière intelligible", a dit, fort prudemment, Michel Barnier.
L'interdiction a en tout cas accru la colère des pêcheurs alors qu'ils sont déjà affectés par la flambée des prix du carburant. "L'interdiction est vraiment tombée au mauvais moment", estime un responsable de la fédération européenne des entreprises de pêche (Europêche), Guy Vernave.
Après Michel Barnier, le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy s'en est pris ouvertement lors du dernier sommet européen au commissaire au commerce, Peter Mandelson. Il lui a reproché d'avoir contribué au rejet du traité de Lisbonne en Irlande, en alimentant parmi les paysans de l'île la crainte de pertes de subventions européennes...
Dans la même enceinte, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi s'est, lui, plaint des récentes critiques de commissaires européens contre son pays et a "demandé des modifications dans leur comportement". Rome a menacé en outre de traîner Bruxelles en justice sur le thon.
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