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HISTOIRE

22/08/2008 | 14:06 par Laurent RIBADEAU DUMAS

Le cas von Choltitz

Les raisons qui ont amené le général en chef allemand à ne pas faire détruire Paris restent mal éclaircies...

 
Visite à Hitler
- Le général Dietrich von Choltitz, dernier commandant militaire allemand de Paris - Musée de la Libération - Paris -

Le général Dietrich von Choltitz (né en 1894, mort en 1966) est le dernier commandant militaire allemand du "Grand Paris". A ce titre, il a signé la reddition de ses troupes le 25 août 1944.  "L’attitude et les motivations profondes" de cet officier supérieur  "restent l’un des mystères de la libération de la capitale", écrit l’historien Pierre Bourget dans "Le Monde" (25 août 1994). "La lecture de ses Mémoires nous laisse une impression ambiguë et ses confidences d’août 1944 à des acteurs de premier rang doivent être retenues avec prudence, si intéressantes soient-elles", estime-t-il.

D’origine aristocratique comme nombre d’officiers (en allemand,  "von" signifie "de"), von Choltitz est né en Silésie, berceau des junkers allemands. Il a d’abord été… page à la cour de la reine de Saxe, selon l’historien Pierre Miquel ("Le Point"). Puis il embrasse la carrière militaire, comme le font traditionnellement les hobereaux allemands. En 1940, au début des hostilités de la deuxième guerre mondiale, il a 46 ans. Il assiste "sans état d’âme au bombardement terroriste de Rotterdam en 1940", raconte Miquel. Deux ans plus tard, il participe en URSS à l’écrasement de Sébastopol sous les obus lourds chargés par des prisonniers soviétiques.

Survient le débarquement allié sur les côtes de France en 1944. Le 7 juillet, il donne l’ordre à son 84e corps d’armée de se replier face à l’avance des Anglo-Saxons. Le 25, ses troupes sont écrasées. Pour l’historien Henri Amouroux ("Le Figaro Magazine"), ces évènements vont lui faire prendre conscience que la victoire allemande est désormais impossible. C’était "une période pénible et sans espoir", note-t-il dans ses souvenirs ("Un soldat parmi les soldats", Aubanel, 1964, cité par "Le Monde").

Selon Pierre Bourget, le Führer lui aurait reproché le retrait du 84e corps et l’aurait même relevé de son commandement le 1er août. Mais apparemment, il n’en a pas tenu rigueur à celui que Pierre Miquel n’hésite pas à qualifier de "chouchou de Hitler", par ailleurs réputé pour son esprit d’obéissance. A tel point qu’il le nomme le 5 août gouverneur militaire de Paris.

Von Choltitz remplace le général Karl Heinrich von Stülpnagel qui sera pendu le 30 août 1944 pour avoir participé à la tentative de putsch des officiers contre le tyran nazi, animé par le colonel comte Claus Schenk von Stauffenberg, chef d’état-major des armées de l’intérieur. On n’imagine mal qu’il ait été nommé à ce poste sans avoir la confiance absolue du chancelier, ébranlé par l’attentat du 20 juillet. Honneur suprême, le nouveau commandant militaire est reçu le 7 août par le dictateur qui lui ordonne oralement de détruire Paris en cas de retrait de la Wehrmacht.

Jamais von Choltitz ne s’était trouvé en présence du Führer qui donne ses ordres "sous le choc physique et moral de l’attentat du 20 juillet, sous le choc également des défaites successives, halluciné", raconte Amouroux. Un état sans doute aggravé par les médicaments qu’ingurgite le maître de l’Allemagne. Apparemment, le général ne s’attendait pas à un tel accueil. "Ce fut une chance pour moi que je me sois rendu chez Hitler… Je me suis rendu compte que j’avais devant moi un fou. Ce qui a naturellement allégé ma conscience de soldat", écrira-t-il à un de ses amis en 1947.

 
Quels moyens ?
- Des officiers de von Choltitz, faits prisonniers, patientent sur le quai de la gare du Montparnasse le 25 août 1944. - AFP - Owi London - Weston Haynes -

Von Choltitz prend alors son poste dans la capitale française. Le 15 août, un communiqué des autorités d’occupation annonce sa nomination en menaçant de réprimer "avec la plus grande sévérité toute tentative de sabotage ou d’émeute ainsi que toute propagande subversive". On est alors à cinq jours du déclenchement de l’insurrection…

Le 17 août, le consul général de Suède, Raoul Nordling (voir encadré), qui a, semble-t-il, joué un rôle central d’intermédiaire entre Français et Allemands lors de ces journées d’insurrection, obtient la libération de plus de 4000 prisonniers politiques détenus en Ile-de-France. Selon Henri Amouroux, un accord a été conclu en ce sens avec les autorités allemandes. Outre le consul suédois ont œuvré à la conclusion de cet accord le président de la Croix-Rouge française, le conte de Rohan-Chabot, et, côté allemand, le baron Posch-Pastor, un Autrichien hostile au nazisme, ainsi qu’un officier de réserve, le commandant Bender (les deux derniers semblent émarger à différents râteliers...). Les historiens ignorent apparemment le rôle joué par von Choltitz dans cette affaire. Précisons que le même jour, le dernier convoi de déportés quitte le camp de Drancy pour l’Allemagne...

Alors que l’armée allemande est en recul sur tous les fronts, à l’Est face aux Soviétiques, comme à l’Ouest face aux alliés anglo-saxons, quel est l’état des forces dont dispose l’officier allemand pour faire face à la Résistance ? Il peut apparemment compter sur 20.000 hommes appuyés sur une vingtaine de chars, mais coupés les uns des autres et rapidement livrés à eux-mêmes. Les photos de l’époque montrent par ailleurs des militaires souvent d’âge mûr, ce que corroborent les récits des historiens.

Concernant l’armement, d’autres chiffres sont avancés, notamment par Pierre Miquel qui parle de 200 chars tigres et Panthère, "des mitrailleuses en quantité, des points d’appui et des abris blindés" et 150 avions. Mais selon un responsable résistant comme Henri Rol-Tanguy, les Allemands ne disposaient plus d’aviation. "On a souvent dit qu’il y avait quatre-vingts avions au Bourget. C’est faux. Depuis le mois de mai, les Alliés avaient systématiquement bombardé toutes les installations sur un rayon de deux cents kilomètres à l’est de la zone de débarquement. Il ne pouvait donc pas y avoir d’avion au Bourget", expliquait-il il y a 10 ans dans  "Le Figaro". Pourtant, un bombardement allemand a frappé la capitale au soir du 26 août, après la grande marche triomphale de de Gaulle sur les Champs-Elysées, faisant de nombreuses victimes.

Von Choltitz avait "les moyens de défendre et, s’il le faut, de détruire la capitale", pense Miquel. Mais plusieurs résistants estiment que les Allemands n’avaient pas ou plus les moyens de frapper. "Ils étaient concentrés sur les combats à une centaine de kilomètres à l’ouest de Paris (…) [et ne pouvaient pas] mener une grande bataille. De plus, ils ne s’attendaient pas à ce que Paris bouge. Et cela a provoqué chez eux un certain désarroi", raconte ainsi le futur ministre gaulliste Edgar Pisani. Von Choltitz "déclarera plus tard que l’insurrection lui a ôté les moyens d’agir", affirme de son côté (dans "L’Humanité") le résistant communiste André Carrel, autre leader de l’insurrection parisienne.

Aux dires de Pisani, les troupes allemandes "pouvaient casser, détruire" tout au plus. Selon Pierre Bourget, Hitler aurait ainsi fait acheminer dans la capitale française des militaires spécialement chargés de détruire les ponts parisiens.

Mais les moyens matériels étaient-ils suffisants pour accomplir cette mission ? Selon Pierre Miquel ("Le Point"), von Choltitz avait "assez de torpilles enfouies sous le tunnel de Saint-Cloud pour miner tous les ponts". Quoiqu’il en soit, "seul le pont Alexandre III avait été miné: les explosifs avaient été posés, mais sans dispositif de mise à feu. D’ailleurs, mon chef d’état-major, Gallois, lorsqu’il est entré dans Paris avec les Américains, a fait procéder à ce déminage, ainsi qu’à celui du Sénat… c’étaient les deux seuls points minés de Paris", déclarait en 1994 au "Parisien" Henri Rol-Tanguy.

L'historien Pierre Bourget affirme (dans "Le Monde"), citant le témoignage d’un chef-pompier de l’époque que "les ponts de Paris n’ont pas été minés" et qu’"il n’y avait dans les souterrains du Sénat que de petites charges non reliées entre elles et pas amorcées". La question fut directement posée à von Choltitz au moment de la reddition, selon le témoignage de Gallois (cité par Pierre Bourget) : il "jura qu’il n’y avait dans Paris ni mines ni bombes". 

 
Refus d'obéissance
- Prisonniers allemands sur les boulevards parisiens le 25 août 1944 - AFP - LAPI - Viollet -

Au-delà de cette affaire, von Choltitz a apparemment refusé d’obéir à Berlin à plusieurs reprises. Un ordre de détruire les ponts lui aurait été donné le 15 août. Et le 23 août, Hitler lui envoie un télégramme : "Paris ne doit pas tomber entre les mains de l’ennemi sauf sous l’aspect d’un champ de ruines". Un "champ de ruines" comme à Varsovie… Le 25 août, jour de la reddition, l’officier supérieur "ignore superbement les ordres de destruction de Hitler qui vient de faire une scène effroyable à Jodl [un des chefs de la Wehrmacht, NDLR] en apprenant que Paris n’est toujours pas détruit", selon Pierre Miquel.

Le général commandant ne s’est pas contenté de désobéir. Le 19 août, il a accepté de discuter le principe d’une trêve avec la Résistance par l’intermédiaire du consul suédois. En signant une trêve, en désobéissant à ses chefs, le commandant militaire cherche-t-il à gagner du temps alors que l’armée allemande plie bagage et que le désordre commence à régner dans ses rangs ?

"Quand j’arrive à Paris, le 13 août, mon armée est en pleine déconfiture. Elle semble démobilisée et, en même temps, totalement insouciante", racontait en 1994 à "L’Express" un ancien officier de blindés, Friedrich Wilhelm Christians (futur président du conseil de surveillance de la puissante Deutsche Bank), alors âgé de 22 ans et qui revenait de Normandie. "Dans les bureaux de l’OB West, le quartier général des forces de l’Ouest, tous les généraux ont disparu. (…) Je ne trouve qu’une poignée d’officiers pliant bagage. A l’hôtel Ambassadeur où je m’installe, l’ambiance est carrément à la fête : les soldats s’enivrent au champagne et profitent joyeusement du personnel féminin", poursuit le futur banquier.

De plus, il y a certainement eu débat au sein du commandement militaire à Paris sur la stratégie à adopter. "Certains voulaient détruire Paris. D’autres estimaient que les ponts restaient indispensables pour assurer le repli des troupes du sud de la Seine", explique Edgar Pisani (à "La Vie"). Parmi les jusqu’aux-boutistes figurait la redoutable SS. Cette garde prétorienne du régime chargée de ses basses oeuvres, véritable Etat dans l’Etat, était très souvent composé d’éléments fanatiques. Le 22 août, à cause de la trêve, les "SS commencent à considérer von Choltitz comme un traître", observe Pierre Miquel. Eux-mêmes n’hésitent pas à tirer sur la foule parisienne, notamment place Clichy, le même jour. Et ils seront apparemment les derniers à résister, notamment dans leur caserne du Prince Eugène, place de la République. Ils ne se rendront que le 25 au soir.

Un témoignage (au "Figaro", le 23août 1994) est éclairant. C’est celui du général Jean Crépin, alors lieutenant-colonel de la 2e DB chargé d’obtenir la reddition des Allemands retranchés dans le Sénat. Pour accomplir cette mission, il est accompagné du chef d’état-major de von Choltitz, le colonel von Unger. "Alors que nous entrions dans la cour du Sénat, un SS me planta le canon de sa mitraillette dans le dos. ‘Faites cesser cette plaisanterie’, ai-je dit au colonel von Unger, mais il me répondit : ‘Je ne peux rien faire. C’est un SS : il n’obéit qu’à ses officiers’". La délégation est conduite devant un officier de la Wehrmacht (l’armée régulière), le colonel Keyser. "Usant de toute son autorité auprès des SS qui contestaient ses ordres et qui, disaient-ils, allaient ‘me faire la peau’, le colonel Keyser réussit finalement, non sans mal, à imposer la reddition".

On retrouve là les traces de divergence profondes opposant, depuis les débuts du régime nazi, la Wehrmacht et l’élite nationale-socialiste. L’armée était composé notamment d'officiers d’origine noble : à l’image du vieux maréchal Hindenburg, ceux-ci s’étaient ralliés au "petit caporal" Hitler par peur du communisme mais ils regardaient les "parvenus" nazis avec le mépris des aristocrates. C’est d’ailleurs dans ces milieux que se recrutèrent les officiers responsables de l'attentat du 20 juillet et partisans d’une "paix blanche" à l’Ouest pour mieux continuer la guerre contre l’URSS. Le parti nazi voyait, lui, dans ces officiers les tenants de la vieille Allemagne qui devaient faire place aux partisans du "Reich millénaire".

 
Discussions avec les Américains ?
- Blindés américains dans Paris (29 août 1944) - AFP - LAPI - Viollet -

Dietrich von Choltitz devait donc évoluer dans une atmosphère fin de règne, très lourde et très conflictuelle. D’autant plus que plusieurs responsables militaires en poste à Paris avaient choisi le camp du colonel von Stauffenberg lors de l’attentat du 20 juillet. Dans ce contexte, ses ordres ont peut-être du mal à passer : certains de ses officiers n’obéissent plus. "Ainsi le lieutenant Ernst von Bressendorf, chef des transmissions, fera-t-il tout pour entraver l’acheminement des messages radios intimant au commandant du ’Gross Paris’ l’ordre" de détruire la capitale, affirme "Le Figaro Magazine" (25 au 31 août 1944).

Les historiens s’interrogent par ailleurs pour savoir si le général commandant n’aurait pas directement pris lui-même langue avec… les Alliés. Dans son ouvrage "Un soldat parmi les soldats" (Aubanel 1964), cité par "Le Monde", von Choltitz fait ainsi curieusement allusion à des pourparlers. Un haut gradé allemand "m’avait déjà prévenu par téléphone que des rumeurs circulaient selon lesquelles j’aurais entamé des pourparlers". Le haut gradé le met en garde de ne pas outrepasser ses pouvoirs. Dans son livre, le général lui-même se garde bien d’infirmer ou de confirmer…

La rumeur court aussi côté français qu’autour du 15 août, il aurait directement négocié avec des émissaires d’Eisenhower pour préparer à la fois la retraite allemande et l’entrée des troupes américaines dans Paris. But : éviter un putsch du PC. La presse de la Libération s’en fait l’écho.

On en retrouve aussi des traces dans des témoignages de l’époque. "Hier [vendredi 18 août, NDLR], les rumeurs les plus diverses ont (…) circulé au sujet d’un prétendu accord entre Allemands et Américains pour déclarer Paris ‘ville ouverte’", raconte ainsi François Beau, un haut fonctionnaire travaillant aux voies navigables. Son frère a appris "que l’accord avait été signé par Abetz [ambassadeur du Reich à Paris], Laval et un représentant américain. Mais Hitler auquel l’accord avait été soumis ne l’a pas ratifié", poursuit ce témoin de l’époque. On peut évidemment plus que douter de la véracité de cette dernière phrase…

De Gaulle lui-même fait allusion à cette affaire dans ses mémoires. "Pour le moment, les archives américaines n’ont pas livré d’éléments éclairant ce problème", observe l'historien Pierre Bourget dans  "Le Monde". Aujourd’hui, on ne peut donc toujours rien conclure…

 
Problèmes de conscience ?

De la même façon, on se perd dans un flot d’hypothèses sur l’attitude de von Choltitz pendant ces journées historiques. Une chose semble acquise : il a réellement désobéi aux ordres. Mais pourquoi ? "Messieurs, j’ai reçu l’ordre de me maintenir ici et d’attendre l’ennemi, mais je suis un général qui n’a, croyez-le, qu’un désir, celui de revenir dans Paris intact, comme touriste, après guerre", aurait-il déclaré le 19 août au consul suédois Raoul Nordling (voir encadré) et à son collège suisse, René Naville, selon ce dernier (propos cités par "Le Monde").

Le 25 août au soir, il confiera à un Français, Raymond Massiet, cité par "Le Monde": "Je ne pouvais pas détruire Paris bien qu’il y eut les ordres de Hitler… Non, je ne le pouvais pas". Et sa voix de se briser, toujours selon "Le Monde" (25 août 1994): "Les représailles, vos représailles, cela aurait été trop horrible".

Sincérité de la part d’un homme, jusque-là fidèle à son pays et à son régime de terreur, qui ne semble pas avoir été auparavant taraudé par les problèmes de conscience ? Volonté de dissimuler une situation qui lui avait complètement échappé ? Crainte du lendemain ? Souci de ne pas révéler un accord signé avec les Américains, signifiant que pour son camp, il a "trahi"? Même de Gaulle, s’il observe dans ses "Mémoires de guerre" que le "général allemand, tout en faisant tenir solidement ses points d’appui, ne s’engageait nullement dans la répression", reconnaît ne pas pouvoir "démêler" l’affaire…

Le mot de la fin revient peut-être à l’historien André Kaspi (dans  "Le Monde", 25 août 1994). Von Choltitz "a compris que les armées allemandes qui battent en retraite ont besoin des ponts sur la Seine, que l’Allemagne a perdu la guerre et qu’il vaut mieux ne pas créer l’irréparable. Avec prudence et réalisme, il entend désobéir au Führer". Soixante ans après, on n’en est cependant pas entièrement sûr. Une seule chose est sûre: Paris n’a pas été détruit…

 
Le rôle du consul de Suède
- Le consul de Suède à Paris en 1944, Raoul Nordling - AFP - Roger-Viollet -

Un homme a joué dans l’ombre un rôle considérable et plutôt méconnu, à l’instar de son collègue de Budapest, Raoul Wallenberg (qui sauva des milliers de juifs hongrois): Raoul Nordling, consul de Suède à Paris depuis 1918. Marié à une Française, il est né dans la capitale et a fait ses études au lycée Jeanson-de-Sailly. Représentant d’un pays neutre, il dirige aussi une filiale de l’entreprise suédoise SKF, principal fournisseur de roulements à billes de l’Allemagne.

Ses différentes activités lui permettent de disposer d’entrées tant chez les Français que chez les Allemands. Il peut ainsi rencontrer en tête en tête le tout puissant ambassadeur du Reich en France, Otto Abetz. Ou le commandant militaire du "Grand Paris", le général Dietrich von Choltitz qui lui aurait fait part des ordres d’Hitler concernant la destruction de Paris.

Nordling ne manque pas de courage. Au moment de l’insurrection, il n'hésite pas à se faire médiateur. Le 19 août, il aurait négocié avec von Choltitz la sauvegarde de Paris et de ses habitants. Dans la soirée du même jour, il a aussi négocié (aujourd’hui encore, on ne sait pas vraiment qui lui a demandé d’intervenir…) une trêve (très contestée) entre la Résistance et les Allemands.

Par un interlocuteur de la Gestapo, il apprend que plusieurs milliers de prisonniers doivent être exécutés. Il va donc tout faire pour obtenir leur libération. Il finit par obtenir la  "surintendance" de tous les lieux de détention franciliens. C’est lui qui va ouvrir les portes du sinistre camp de Drancy (où séjournèrent des milliers de juifs avant leur départ pour l’univers concentrationnaire), celles des prisons de Fresnes, de Romainville. Il aurait ainsi sauvé la vie de  4000 personnes.

Les arguments qu’il tient devant Abetz et von Choltitz font intelligemment allusion au changement des rapports de force et à l’avenir incertain de chacun: « Faites-le dans votre intérêt personnel, car bientôt ce sera à votre tour de réclamer à grands cris un traitement humain ». Un chantage humaniste en somme…
(Source : "Le Nouvel Observateur/Paris-Ile-de-France")

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