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Von Choltitz prend alors son poste dans la capitale française. Le 15 août, un communiqué des autorités d’occupation annonce sa nomination en menaçant de réprimer "avec la plus grande sévérité toute tentative de sabotage ou d’émeute ainsi que toute propagande subversive". On est alors à cinq jours du déclenchement de l’insurrection…
Le 17 août, le consul général de Suède, Raoul Nordling (voir encadré), qui a, semble-t-il, joué un rôle central d’intermédiaire entre Français et Allemands lors de ces journées d’insurrection, obtient la libération de plus de 4000 prisonniers politiques détenus en Ile-de-France. Selon Henri Amouroux, un accord a été conclu en ce sens avec les autorités allemandes. Outre le consul suédois ont œuvré à la conclusion de cet accord le président de la Croix-Rouge française, le conte de Rohan-Chabot, et, côté allemand, le baron Posch-Pastor, un Autrichien hostile au nazisme, ainsi qu’un officier de réserve, le commandant Bender (les deux derniers semblent émarger à différents râteliers...). Les historiens ignorent apparemment le rôle joué par von Choltitz dans cette affaire. Précisons que le même jour, le dernier convoi de déportés quitte le camp de Drancy pour l’Allemagne...
Alors que l’armée allemande est en recul sur tous les fronts, à l’Est face aux Soviétiques, comme à l’Ouest face aux alliés anglo-saxons, quel est l’état des forces dont dispose l’officier allemand pour faire face à la Résistance ? Il peut apparemment compter sur 20.000 hommes appuyés sur une vingtaine de chars, mais coupés les uns des autres et rapidement livrés à eux-mêmes. Les photos de l’époque montrent par ailleurs des militaires souvent d’âge mûr, ce que corroborent les récits des historiens.
Concernant l’armement, d’autres chiffres sont avancés, notamment par Pierre Miquel qui parle de 200 chars tigres et Panthère, "des mitrailleuses en quantité, des points d’appui et des abris blindés" et 150 avions. Mais selon un responsable résistant comme Henri Rol-Tanguy, les Allemands ne disposaient plus d’aviation. "On a souvent dit qu’il y avait quatre-vingts avions au Bourget. C’est faux. Depuis le mois de mai, les Alliés avaient systématiquement bombardé toutes les installations sur un rayon de deux cents kilomètres à l’est de la zone de débarquement. Il ne pouvait donc pas y avoir d’avion au Bourget", expliquait-il il y a 10 ans dans "Le Figaro". Pourtant, un bombardement allemand a frappé la capitale au soir du 26 août, après la grande marche triomphale de de Gaulle sur les Champs-Elysées, faisant de nombreuses victimes.
Von Choltitz avait "les moyens de défendre et, s’il le faut, de détruire la capitale", pense Miquel. Mais plusieurs résistants estiment que les Allemands n’avaient pas ou plus les moyens de frapper. "Ils étaient concentrés sur les combats à une centaine de kilomètres à l’ouest de Paris (…) [et ne pouvaient pas] mener une grande bataille. De plus, ils ne s’attendaient pas à ce que Paris bouge. Et cela a provoqué chez eux un certain désarroi", raconte ainsi le futur ministre gaulliste Edgar Pisani. Von Choltitz "déclarera plus tard que l’insurrection lui a ôté les moyens d’agir", affirme de son côté (dans "L’Humanité") le résistant communiste André Carrel, autre leader de l’insurrection parisienne.
Aux dires de Pisani, les troupes allemandes "pouvaient casser, détruire" tout au plus. Selon Pierre Bourget, Hitler aurait ainsi fait acheminer dans la capitale française des militaires spécialement chargés de détruire les ponts parisiens.
Mais les moyens matériels étaient-ils suffisants pour accomplir cette mission ? Selon Pierre Miquel ("Le Point"), von Choltitz avait "assez de torpilles enfouies sous le tunnel de Saint-Cloud pour miner tous les ponts". Quoiqu’il en soit, "seul le pont Alexandre III avait été miné: les explosifs avaient été posés, mais sans dispositif de mise à feu. D’ailleurs, mon chef d’état-major, Gallois, lorsqu’il est entré dans Paris avec les Américains, a fait procéder à ce déminage, ainsi qu’à celui du Sénat… c’étaient les deux seuls points minés de Paris", déclarait en 1994 au "Parisien" Henri Rol-Tanguy.
L'historien Pierre Bourget affirme (dans "Le Monde"), citant le témoignage d’un chef-pompier de l’époque que "les ponts de Paris n’ont pas été minés" et qu’"il n’y avait dans les souterrains du Sénat que de petites charges non reliées entre elles et pas amorcées". La question fut directement posée à von Choltitz au moment de la reddition, selon le témoignage de Gallois (cité par Pierre Bourget) : il "jura qu’il n’y avait dans Paris ni mines ni bombes".
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