Ségolène Royal présidant le Conseil régional. Sa victoire en 2004 avait symbolisé la poussée PS

Ségolène Royal présidant le Conseil régional. Sa victoire en 2004 avait symbolisé la poussée PS

AFP
A quelques mois des régionales de mars, les partis se mettent en ordre de bataille: divisions, alliances, regroupements

En 2004, la gauche avait remporté toutes les régions métropolitaines à l'exception de deux (Alsace et Corse).Objectif de la droite en 2010, empêcher la réédition de ce score exceptionnel.

En 2004, dans 14 régions, socialistes, écologistes et communistes avaient  fait d'emblée listes communes. Une union qui paraît aujourd'hui difficile à réitérer...

Depuis 2004, la situation politique a évolué...La présidentielle de 2007 est passée par là avec l'échec de la candidate socialiste, et les européennes de 2009 ont créé de nouvelles ambitions dans les autres partis de gauche, avec le succès d'Europe-Ecologie et la naissance d'un Front de gauche.

Résultat, face à une droite très unie, la gauche semble plus divisée que jamais tandis que Europe-Ecologie tente de renforcer son poids politique, quitte à critiquer la politique de certaines régions qu'elle cogérait...avec le PS et le PC. "Cette autobalkanisation de l'opposition pour 2010 va évidemment provoquer  une forte dispersion des voix de gauche", a jugé l'ancien ministre Roger-Gérard Schwartzenberg, président d'honneur  du PRG.

La participation aux élections régionales  (65,7 % au deuxième tour) rend la comparaison avec les résultats des Européennes très hasardeuse et pourrait créér des surprises...

Le PS joue l'unité mais reste seul

Chaque parti composant les majorités au pouvoir dans 20 régions métropolitaines va-t-il Jean-Paul Huchon en campagne pour le PS en Ile-de-France (AFP)partir seul aux élections régionales. Cela semble être la voie qui se déssine aujourd'hui.

Pourtant, ll est nécessaire "de ne pas prendre acte du fait  qu'on part divisés", assure le porte-parole Benoît Hamon, qui annonce un  prochain "nouvel appel à l'unité".            Guillaume Bachelay, membre de la direction du PS, prévient: "cette unité, les  électeurs nous la demandent, nos bilans la justifient et la casse sociale du  gouvernement l'exige"... Pour l'instant cet appel du Parti Socialiste semble ne rencontrer guère d'échos auprès de ses alliés écologistes et communistes qui actuellement défendent l'idée de listes séparées au premier tour.

Le parti de Martine Aubry a cependant fixé comme "priorité" le "rassemblement de  la gauche et des écologistes". Une façon de ne pas perdre ses alliés de gauche au second tour sans perdre la possibilité d'alliance avec des candidats centristes... "Une fois seulement la gauche rassemblée, les listes PS pourront s'ouvrir au  second tour" à ceux "qui veulent se retrouver autour d'un projet de gauche, dans  la clarté et la cohérence". Allusion au parti de François Bayrou. Le PS met en garde contre "l'ambiguïté des positionnements", "les alliances  à périmètres variables suivant les régions", voulant éviter des rapprochements à  la carte opérés en 2008 aux municipales: à Dijon ou Grenoble, les socialistes  s'étaient alliés au MoDem dès le 1er tour.

L'ancien Premier ministre socialiste Laurent  Fabius a enfoncé le clou et s'est prononcé pour des "alliances nationales" aux  élections régionales , écartant des alliances "à la carte" en fonction de la  situation politique dans les différentes régions.  "Nous, nous ferons des alliances nationales bien sûr, si on se lance dans  une politique à la carte, les électeurs sont déboussolés", a déclaré le député de Seine-Maritime, qui a réintégré récemment la direction nationale du  PS. "Si les démocrates sont  d'accord avec le projet que nous proposons, si ça n'exclut pas les forces de  gauche et si en plus c'est une attitude homogène sur l'ensemble du territoire  national, c'est possible, mais au deuxième tour". En clair, pas d’alliance avec le Modem au premier tour.

Une position qui ne fait pas l'unanimité au PS. Manuel Valls, le député de l'Essonne, s'est dit "favorable à ce que tous  ceux qui veulent bâtir une alternative crédible se rassemblent à gauche au  premier tour des régionales  mais aussi bâtissent des alliances avec le MoDem". Bref, au PS le débat continue...


Le Front de gauche se reconstitue

Mélenchon et Buffet pour le Front de gauche (AFP)Le Front de gauche, qui avait obtenu un peu plus de 6% des voix aux européennes, va être reconduit pour les régionales. Mais là aussi, l’union n’est pas totale entre la Parti de gauche et le Parti Communiste par rapport au second tour…

Le Parti communiste a décidé de présenter des listes d'union avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon au premier tour des élections régionales  de mars 2010 en France, excluant de ce fait de s'allier avec le Parti socialiste. La secrétaire nationale du PCF, Marie-George  Buffet, a cependant appelé au "rassemblement à gauche" pour le second tour des  régionales de mars prochain. "Je suis pour le  rassemblement à gauche. Au second tour, il faudra se rassembler. Il ne faut  surtout pas rompre les ponts et il ne faut surtout pas imaginer, et je me  battrai contre ça, que l'objectif à gauche, ça doit être de faire tomber le  PS". Message clair à ceux qui en veulent trop au PS...

La candidature "spontanée" de Jean-Luc Mélenchon comme candidat en Ile-de-France avait déjà déplu au PC...qui entend revendiquer cette tête de liste.

Dans les régions la politique du PC pourrait être différente, malgré cette "offre nationale" d'autonomie. Des listes PCF-PS pourraient ainsi se constituer dès le  premier tour car, selon les statuts du PCF, les militants doivent valider la  stratégie région par région, dans un parti qui compte 185 conseillers régionaux. L'arithmétique électorale expliquerait de telles décisions: dans de nombreux endroits. En partant indépendamment du PS, le Front de gauche devra dépasser la barre fatidique des 5% pour pouvoir  fusionner ses listes avec ses partenaires. Or, en 2004, le PCF avait franchi ce seuil dans cinq des huit régions où il se présentait sans le PS (Picardie,  Ile-de-France, Nord/Pas-de-Calais, Auvergne et Corse).  Aux européennes, les listes Front de gauche sont restées sous les 5% dans  sept régions (Alsace, Basse-Normandie, Champagne-Ardennes, Franche-Comté,  Lorraine, Pays-de-Loire, Poitou-Charentes). Trois dépassaient tout juste ce  plancher (Bourgogne, Bretagne et Rhône-Alpes). L'autonomie pourrait donc faire long feu dans plusieurs régions, d'autant  que de nombreux élus n'en veulent pas. "Ce n'est pas une bonne stratégie", a ainsi jugé Jean-Claude Gayssot, vice-président PCF en Languedoc-Roussillon. Au PC aussi le débat continue.

Et cela sans même compter les stratégies locales: soulignant le "risque de faire le jeu de la droite qui, elle, va partir unie", l'ancien ministre des Transports souhaite "poursuivre avec le PS et  Georges Frêche" dans sa région. Une possibilité vivement exclue par Mme Buffet:  "nous ne serons pas avec George Frêche ni au premier, ni au second tour", il   faut de l'"éthique en politique". 

De son côté, Jean-Luc Mélenchon, qui continue à attaquer son ancien parti, le PS, a pour sa part déclaré qu'il n'excluait pas des alliances entre le Front de gauche et le Nouveau parti anti-capitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot.    "Si c'est nous qui sommes devant (au premier tour), on va proposer aux autres de gauche de venir faire un exécutif avec nous, de diriger les régions ensemble. Si c'est les socialistes ou Europe écologie, il faut qu'on aille avec eux dans les exécutifs si certaines conditions sont remplies", a-t-il dit. "Premièrement, nous ne voulons pas voir le Modem (de François Bayrou). Deuxièmement, nous voulons être représentés à proportion de ce que nous avons recueilli comme voix et, troisièmement, nous voulons que le programme soit un programme de claire rupture."


Europe-Ecologie veut se compter

Duflot et Cohn-Bendit (AFP)Europe-Ecologie, fort de son score historique aux Européennes (16,4% avec seulement 40,5% de participation) entend compter ses forces lors des régionales et même à certains endroits, comme en Ile-de-France, espère passer devant le PS...Résultat, Europe-Ecologie aura ses propres listes au premier tour des régionales.

Contrairement aux régionales  2004 où les Verts étaient associés au PS dans  une dizaine de régions dès le premier tour, "on aura une seule stratégie  partout" - l'autonomie -, avec "une vraie campagne nationale avec les têtes  d'affiche des européennes comme Dany Cohn-Bendit, José Bové et Eva Joly", ont expliqué les Verts dont la base du projet reste le "rassemblement de la gauche et des écologistes".

 

Mais chez Europe-Ecologie-les Verts aussi, derrière une unité de façade, les débats existent...Dans un mail adressé à des responsables Verts, Daniel Cohn-Bendit a  récemment exhorté le parti écologiste "à laisser de côté les instincts  personnels, sectaires ou délirants" et à ouvrir leurs listes aux régionales aux  membres du MoDem, de Cap21 (Corinne Lepage) ou du MEI d'Antoine Waechter. Une position assez loin de celle défendue par la patronne des Verts, Cécile Duflot (tête de liste des Verts en Ile-de-France), ardente partisane d’une union à gauche…

Avec Marie Bové en Aquitaine ou la juge Laurence  Vichnievsky en Paca aux prochaines régionales, Europe-Ecologie continue à jouer  l'ouverture qui lui avait réussi aux européennes. En quelques jours, plusieurs personnalités ont annoncé qu'elles rejoignaient  le rassemblement écologique constitué de Verts et non-Verts qui avait fait jeu  égal avec le PS aux Européennes de juin (16,28% contre 16,48%) grâce notamment à ses "stars" Daniel Cohn-Bendit, José Bové ou Eva Joly.  Eric Loiselet, transfuge du pôle écologique du Parti socialiste et  ex-secrétaire national adjoint PS à l'environnement, devrait conduire la liste  de sa nouvelle formation en Champagne-Ardennes. Les noms du sociologue Philippe Mérieu et de François Dufour de la  Confédération paysanne, circulent également, respectivement en Rhône-Alpes et en  Basse-Normandie.


A droite, l'UMP hégémonique

Valérie Pecresse en campagne pour l'UMP en Ile-de-France (AFP)Pas de problème à l’UMP où les têtes de liste se mettent en place pour tenter de préserver les deux régions métropolitaines qui ne sont pas à gauche et éventuellement en conquérir de nouvelles. Le président de la République avait préparé le terrain en créant un "comité de la majorité"  élargi à Philippe de Villiers.

Les noms qui sont avancés pour diriger les listes de la majorité parlementaire doivent encore être confirmés par les instances de l’UMP. Un processus bien huilé qui n’empêche cependant pas quelques couacs.

Rama Yade n'aurait ainsi guère apprécié d’être "une parachutée ethnique" dans un département d’Ile-de-France où elle ne souhaiterait pas être candidate. De son côté, le Nouveau Centre a réclamé jusqu'à cinq des 22 têtes de liste de la majorité présidentielle aux élections régionales de mars prochain et se dit prêt à présenter autant de listes autonomes pour faire pression sur l'UMP, le parti majoritaire...

Quant à Christine Boutin, présidente du Parti  chrétien-démocrate (PCD), elle a menacé  lors du lancement de sa campagne à Tours, de mener une liste autonome dans la région Pays de Loire si le PCD n'a  pas la place qui lui revient sur les listes des élections régionales...

FN: le dernier combat de Jean-Marie Le Pen

Ces régionales devraient voir le dernier combat de Jean-Marie Le Pen candidat dans la Jean-Marie Le Pen candidat aux régionales en Paca (AFP)région PACA. "Entre une droite aveugle et une gauche paraplégique, toutes les conditions  sont réunies pour avoir des résultats au-dessus de nos espérances", a résumé M.  Le Pen, réélu député européen en juin dans le Grand Sud-Est avec 10,73% des voix.

Il a promis de mener "une campagne autant  nationale que régionale" pour démonter la "supercherie générale de Nicolas  Sarkozy", accusé d'avoir "cocufié ses électeurs comme de Gaulle avec  l'Algérie".

Enfin, les «Identitaires» pourraient menacer sur leur droite les candidats du FN dans une étrange alliance avec Jacques Bompard (MPF), en  Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Etrange alliance car le MPF fait officiellement cause commune avec l'UMP.

 


Dernières régionales ?

Les réformes voulues par le chef de l'Etat pourraient remettre en cause ce type de débats entre les partis politiques tel que le permet le mode de scrutin en vigueur aux régionales (scrutin proportionnel avec prime au vainqueur).

En effet, dans sa réforme sur les collectivités territoriales, l'exécutif souhaite mettre en place un scrutin uninominal à un tour (avec une dose de proportionnelle). Une telle mesure imposerait à terme un bipartisme de fait, marginalisant tous les autres partis."Un scrutin uninominal à un seul tour avec un zeste de proportionnelle pour  nous faire taire, mais on ne se taira pas, parce que c'est le bipartisme  installé, c'est la prime au parti et cela empêche le débat d'idées dans notre  pays" a déjà plaidé Marie-George Buffet. Une position partagée par de nombreux partis.

"Ce projet totalement électoraliste vise à assurer à l'UMP et au Président  de la République un pouvoir total sur tout le territoire en 2014", affirme le FN. Les Verts ont accusé le gouvernement de "manipulation démocratique  extrêmement grave qui vise à bi-polariser plus encore la vie politique  française". Quant au président du MoDem, François Bayrou, il refuse une loi électorale favorisant "un  système bipartisan". "Je ne soutiendrai pas cette réforme si elle sert en  réalité de paravent à l'introduction d'une loi électorale qui visera à ne plus  avoir en France que deux mouvements politiques: le PS et l'UMP"

Au PS, qui pourrait être un gagnant d'une telle réforme avec l'UMP, l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius  a accusé la réforme  d'"amplifier l'opération de redécoupage législatif en favorisant le parti du  chef de l'Etat".

Affaire à suivre, car ,selon l'ancien Premier ministre socialiste Laurent  Fabius, le Conseil d'Etat aurait "refusé" les dispositions  prévues par le gouvernement pour élire les conseillers territoriaux.


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