Comment l'information pourrait-elle se composer à l'avenir
Trois événements récents laissent supposer qu’une page est en train de se tourner dans le monde journalistique et que le monopole de la presse « classique » commence à être entamé.
Lors de l'attaque américaine sur l'Irak, c'est un Irakien longtemps anonyme, le blogueur Salam Pax, qui informa le monde sur ce qui se passait dans la capitale irakienne et qui donnait le pouls de Bagdad aux journalistes du monde entier. Avec le cyclone qui a ravagé La Louisiane, les rédactions des grands médias américains ont fait appel à des blogueurs pour recevoir informations et photos avant que leurs reporters aient pu rejoindre les lieux de la catastrophe. Et lors des attentats meurtriers de Londres, c'est une minividéo tournée dans le métro avec un mobile, avant l’arrivée des secours, qui sera diffusée sur les télévisions de tous les continents, même si on n'y voyait pas grand-chose. Trois circonstances où, en l'absence des journalistes, les buts ont été marqués par les blogueurs.
Sans opposer frontalement journaliste et blogueur (un certain nombre portent les deux casquettes), on peut souligner que, jusqu'à présent, l'information était diffusée du haut vers le bas, des rédactions vers les lecteurs, les journalistes détenant une position dominante, personne ne contestant réellement leur magistère et leur monopole. Mais depuis peu, les blogueurs, encouragés dans certains cas par des journalistes reconnus, ont inversé le sens de ce flux. Désormais, l'information peut aussi circuler du bas vers le haut. C'est sur ce principe que le site France3.fr a commencé à établir une liste des blogs, qu'il héberge, par régions. L'enjeu étant de créer une carte de France des blogs de toutes les régions. La volonté de la chaîne est, en effet, d'établir une interaction constante entre les téléspectateurs, les rédactions régionales et la rédaction nationale de France 3.
L'information rapportée par une rédaction régionale et qui "remonte" vers la rédaction nationale peut être fouillée et discutée par les habitants d'une région particulièrement, concernés par un sujet. Par exemple, si les blogs de France 3 avaient été mis en place à l'époque de l'explosion de l'usine AZF, à Toulouse, il est probable que la discussion autour de ce drame, et des conséquences vécues par les habitants, aurait été nourrie de manière particulièrement forte.
L'individu lambda, s'il possède une information exclusive, s'il est témoin d'un événement ou s'il détient un scoop conséquent, peut être (presque) certain que son info parviendra au sommet de l'actualité, grâce au relais de la blogosphère. Son information peut aussi circuler transversalement, horizontalement, tous azimuts, jusque dans les coins les plus reculés de la planète. Les meilleurs journalistes ont compris l'intérêt de cette nouvelle source d'informations, en étant attentifs à ce qui se diffuse sur la toile et à ce que se racontent les blogueurs.
Mais, sauf exception, la plus grande partie de l'information fournie par les blogueurs est de nature différente de celle proposée par les rédactions. Il s'agit avant tout de messages qui critiquent un éditorial, un article de presse écrite, une émission de télévision et qui sollicitent la réponse du journaliste concerné. Aux Etats-Unis, des groupes de blogueurs se sont faits une spécialité d'ausculter les papiers des journalistes vedettes pour en débusquer les erreurs, les poussant même à la démission (Dan Rather de CBS, Jason Blair du New York Times). Ce travail critique présente un avantage : inciter les journalistes à être plus méticuleux, puisqu’ils sont sous la surveillance de leur lectorat et même de certains blogueurs devenus professionnels, qui publient éditos et contre-enquêtes.
Grâce à l'outil Rss, une tendance se fait jour : permettre à tout internaute de disposer de sa petite agence de presse à domicile. Il est averti de l'arrivée de nouveaux articles sur son écran et par un simple clic, il peut les consulter en lecture d’un article. C’est le cas d'AlerteInfo, édité par le groupement des principaux éditeurs de presse en ligne (France Télé Interactive, Nouvel Obs, Le Monde, Libé, L’Equipe, etc.). Le téléchargement d’AlerteInfo permet de recevoir, gratuitement et minute par minute, tous les articles rangés par rubriques : A la une, International, France, Communication-hightech, etc.
Dans le même ordre d'idées, celui de la veille permanente de l'info en ligne, il faut signaler le système Watson 2.0., venu des Etats-Unis, dont le principe est proche d’AlerteInfo. Grâce à une fenêtre ouverte en permanence sur l'écran, l'internaute peut jeter un coup d’œil sur les articles parus. Mieux, s'il travaille sur un sujet, une case pour recevoir les mots clés lui permet de sélectionner les articles parus sur la toile concernant le sujet qui l'intéresse, via le moteur de recherche Google. Et plusieurs sections lui permettent de trier les articles selon le type de média sur lequel il est paru : news (journal, agence de presse), blog, site web.
Tous ces bouleversements dessinent de nouvelles perspectives. Malgré le fait que le gros de l’information continue d'être fourni par les organes de presse, qui disposent d'équipes de journalistes professionnels, il est vraisemblable que la physionomie des médias est en train d'être modifiée par l'impact des blogs et leur capacité à peser sur l'opinion. Selon les auteurs de « Blog Story»*, Cyril Fievet et Emily Turrettini, « les blogs vont compléter les médias traditionnels et, peut-être, contribuer à les transformer ».
* Ed Eyrolles, Paris 2004
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