|
S'ils ont beaucoup exploité, comme d'autres, la désormais célébrissime vidéo de Nicolas Sarkozy au G8, le scoop du 20 juin sur Desourcesure, c'était la photo de la "compagne présumée" de François Hollande et le feuilleton de la rupture du couple-phare du PS. "Ne soyons pas faux-cul, si on le passe, c'est aussi parce que ça fait de l'audience", précise Pierre-Louis Rozynès, le directeur de la rédaction. Ce littéraire (longtemps rédacteur en chef de "Livres Hebdo") n'est pas (seulement) un poète. Il a connu son associé, Stéphane Demazure, dans les années 80 au groupe Stratégies. Ils y ont appris comment un média se finançait. Dans ce troisième étage du bel immeuble haussmanien où a emménagé le site, Stéphane Demazure a créé, au début des années 90, une petite agence de presse, Editorial Régies. Bref, des professionnels.
La création de Desourcesure ? "Il faut faire le média qu'on a envie de voir et de lire. Prendre en compte que l'image et la vidéo mangent le reste. Créer une mise en perspective : des liens, d'autres vidéos, d'autres images, un peu de texte. En aucun cas, reproduire 25 ans d'expérience de presse écrite. ..", théorise Pierre-Louis Rozynès.
Leur force ? Un autre regard, super revue de presse et de web, sans bouger de son fauteuil : le monde est aujourd'hui à portée de clic. "Ce qui m'intéresse, continue Pierre-Louis Rozynès , "c'est que notre lecteur ait chaque jour le document qu'il faut avoir vu ou lu, soit parce que personne n'en a parlé, soit parce que tout le monde va en parler. La fameuse vidéo de Nicolas Sarkozy au G8, on l'a traité en deux temps : juste après son passage à la télé belge, et sur le long terme, avec tous les commentaires. Avec cette vidéo, le coeur du marché arrive une semaine plus tard. On veut être là aux deux moments, sur le coup, à chaud, et avec du recul. L'intéressant, c'est de mettre l'info en perspective : les Guignols à côté du 20h. Notre promesse ? Elle est dans le nom du site : de source sûre. L'info telle qu'on la donne, on peut la prendre en toute confiance : nous sommes des journalistes, pas des clampins. Mais on joue sur la connivence: s'informer et se détendre, c'est pas s'emmerder".
Mise de départ de la start-up : 200.000 euros.Visiteurs uniques pour la première quinzaine de juin : 100.000. Optimiste, Stéphane Demazure compte sur 200.000 pour l'ensemble du mois. Il assure lui-même la régie, vend un média "transgénérationnel, CSP +, urbain, 40 ans, plutôt masculin". Un média qui ressemble à ses fondateurs, mais s'oppose à celui, en triple cercle, de Rue 89 (les journalistes, les experts, les internautes). "Nous, c'est plutôt 100% journalisme, 0% participation", sourit Pierre-Louis Rozynés. La concurrence ? "Tous les sites qui font de la vidéo, et de l'actualité. Le Web, c'est l'Eldorado : cap à l'Ouest !". Les sujets qui ont cartonné ? La reconstitution de "Police", les vidéos politiques de la campagne, le "classement des traîtres" ("l'ai-je bien retournée, ma veste ?"), les infos sur Cécilia (encore et toujours). Ce n'est qu'un début, avant la montée en puissance. Insatiable, Pierre-Louis Rozynès veut "produire plus, créer des émissions de télé et de l'image sur le site, lancer des dossiers sur les séries, sur la présidentielle américaine".Une ligne politique ? "On a éclaté toutes les rubriques traditionnelles : on a mis ensemble la politique et les affaires, les guerres et le terrorisme...On se fait qualifier de gauchistes le matin, de people le soir. Notre seule ligne, c'est d'être pour un capitalisme durable". Si l'équipe est restreinte (les deux associés-fondateurs, un webmaster et deux journalistes en contrat de qualif), desourcesure mise sur de nouvelles entrées dans le capital et compte annexer bientôt le rez-de-chaussée de son bel immeuble, à deux pas des anciens locaux du "Monde", ce pilier de la presse écrite d'antan (et d'aujourd'hui...). Objectif du duo Demazure-Rozynès: la rentabilité fin 2007.
|
commentaires