Obama défend sa réforme de la santé

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14/09/2009 | 15:23 par Pierre MAGNAN

Obama défend sa réforme de la santé

- Obama défend sa réforme "Healthcare" sur la santé le 12 septembre 2009 - AFP/SAul Loeb -

Obama défend sa réforme "Healthcare" sur la santé le 12 septembre 2009

© AFP/SAul Loeb

Obama souhaite que chaque Américain puisse bénéficier d'une assurance maladie et défend l'idée d'une assurance publique

Le président Obama avait fait de cette réforme un argument essentiel de sa campagne électorale victorieuse. Aujourd'hui il se bat pour que cette réforme soit adoptée par le Congrès avant la fin de l'année.

Une bataille politique dans laquelle il n'hésite pas à s'engager puisqu'il s'est rendu devant les élus du Congrès pour défendre sa réforme.

Principal constat ayant amené Obama et les démocrates à proposer -une nouvelle fois- une réforme du système de santé américain: plus de 40 millions d'Américains ne bénéficient d'aucune couverture maladie, ce qui signifie qu'en cas de maladie, la personne malade doit payer l'intégralité des frais de santé. Un système qui peut mettre des ménages en faillite et qui pèse sur le niveau de santé du pays.

Après son intervention devant le Congrès, un sondage indiquait que 67% des personnes interrogées ont été convaincues par le discours du président américain. Pour l'heure, la réforme est toutefois loin d'être adoptée puisque c'est au Congrès que la réforme doit être votée.

Face aux critiques -dont certaines viennent des franges les plus extrémistes de la population américaine- Obama a décidé de s'engager sur ce thème et d'en faire un symbole de sa politique. Une volonté de réforme qui s'appuie sur le constat d'échec de l'actuel système de santé américain et sur les risques que fait peser la crise économique sur ce système.

 

 
Obama défend sa réforme

"Aujourd'hui, la question n'est pas de savoir si tous les Américains doivent recevoir des soins médicaux de qualité et d'un coût abordable. La seule question est comment y parvenir", a affirmé le président Obama en lançant ses idées de réforme de la couverture maladie aux USA.

"Chaque jour d'attente supplémentaire signifie qu'un plus grand nombre  d'Américains vont perdre leur couverture santé , leurs entreprises, leurs  maisons, mais aussi les rêves pour lesquels ils ont travaillé et la tranquillité  d'esprit qu'ils méritent. C'est pour eux que nous devons réussir", affirme le président américain pour justifier sa réforme. Obama a insisté à plusieurs reprises sur le fait que "personne ne devrait se retrouver ruiné parce qu'il est malade ».

Pour défendre sa réforme, le président Obama n’hésite pas à politiser le débat : "je pense qu'actuellement nous en sommes à une situation politique où  certains au sein du parti républicain pensent que la meilleure chose à faire est  simplement de tuer la réforme, que c'est là une bonne politique", a affirmé le  président dans une interview. Auparavant, il avait montré l’importance qu’il accorde à ce dossier (devant lequel le président Clinton avait reculé) en allant défendre en personne son idée de réforme devant Manifestants anti Obama à Washington (12/09/09) (AFP)le Congrès, geste fort et rare.

Les républicains affirment s'opposer aux réformes du président Obama  à cause  de leur coût important, évalué à 900 milliards de dollars, et accusent les  démocrates de vouloir mettre en place un contrôle du gouvernement sur la santé. Les opposants à la réforme n’hésitent pas de leur côté à caricaturer le dossier, comme l’ont montré les manifestants de ce week-end à Washington : «L'avortement n'est pas un soin médical", indiquait une pancarte. "J'ai  suffisamment vu le socialisme en URSS", proclamait une autre, portée par un  immigré originaire de l'Ukraine venu de Baltimore.

"Je crois que nous aurons suffisamment de vote pour faire passer non pas  juste une quelconque loi sur la santé , mais une bonne loi sur la santé  qui aide  le peuple américain, réduise les coûts, permette à long terme de contrôler le  déficit (du budget)", a affirmé le président américain.  Un optimisme qui fait écho aux informations venant du Congrès."Nous pensons être tout près d'un accord", s'est ainsi félicité Kent Conrad, président de la commission sénatoriale du Budget et membre du "Groupe des six", conseil bipartite qui négocie un compromis, interrogé sur le plateau de "Fox News Sunday".

 
Le point clé de la réforme : l'option publique

Obama devant le Congrès le 09/09/09  (AFP)Point le plus controversé de la réforme, "l'option publique", une assurance maladie financée par les pouvoirs publics concurrente de celles que proposent les assureurs privés, suscite l'hostilité des républicains et des démocrates partisans du statu quo fiscal.

Selon la sénatrice Olympia Snowe, qui siège également parmi les "Six", cette option publique n'est plus d'actualité. Une disposition prévoyant la création de coopératives privées (co-op) financées en partie par des fonds publics aurait désormais les faveurs des négociateurs.  « A ce stade, nous allons utiliser le projet de co-op comme une alternative, un moyen d'instiller de la concurrence dans le processus", a expliqué la sénatrice républicaine, invitée de l'émission de CBS "Face the Nation".


La formule devrait également figurer dans la proposition que le sénateur démocrate Max Baucus, président de la commission des Finances, devrait remettre. Certains, comme le démocrate Jay Rockefeller, membre de l'aile gauche du Parti démocrate, y sont toutefois fermement opposés. "S'il y avait une bonne alternative, j'y prêterais sans aucun doute attention. Je n'en ai pas trouvé", a-t-il affirmé sur l'antenne d'ABC, rappelant son attachement à l'option publique.


Une option défendue aussi par le principal syndicat américain : Richard Trumka, à la tête de l'AFL-CIO, a l'intention de mobiliser les 11 millions d'adhérents de l'organisation en faveur de ce texte et d'autres projets de loi de la sphère sociale pour amorcer un mouvement qui doit conduire aux élections de mi-mandat, l'année prochaine. L'AFL-CIO voit dans "l'option publique" le meilleur moyen de faire baisser le coût de l'assurance maladie pour les salariés. Barak Obama ayant laissé entendre que l’option publique n’était pas un préalable à sa réforme de la santé, le président s'était dit devant le Congrès à l’écoute d’éventuelles autres propositions. "Nous n'avons rien vu de mieux jusqu'ici", a assuré Richard Trumka. "Les républicains n'ont rien proposé. Certains démocrates ont proposé d'autres choses, mais elles sont loin d'être aussi efficaces que l'option publique pour briser le monopole des compagnies d'assurance", a poursuivi le syndicaliste, qui ne croit guère à un compromis sous l'impulsion de Max Baucus, président de la commission des finances du Sénat. "Il risque ne pas aller assez loin avec sa commission, mais nous allons nous assurer qu'une bonne loi en sortira. Si elle ne permet pas de briser le monopole, nous l'avons déjà dit et nous le répéterons, nous serons là !".

 
La santé aux Etats-Unis, le 37e système au monde

D'après des statistiques américaines, le nombre de personnes vivant sans assurance maladie est passé de 45,7 millions en 2007 à 46,3 millions en 2008. Un  chiffre qui ne peut que s’aggraver avec la crise puisque l’essentiel de la protection maladie est assurée par les entreprises aux Etats-Unis. M. Obama  a souligné qu'au cours des 12 derniers mois, près de 6 millions  d'Américains avaient perdu leur assurance-santé . Un rapport du département  du Trésor affirme qu'environ la moitié des Américains de moins de 65 ans  perdront leur couverture santé  à un moment ou à un autre au cours des 10  prochaines Site de la Maison blanche (DR) le 14/09/09années si rien n'est fait.  Ce document  montre que sur une période de 10 ans, 48% des  Américains de moins de 65 ans se retrouvent à un moment ou à un autre sans  assurance, et ceux qui ont perdu leur assurance-santé  restent sans couverture  pendant une moyenne de 3,6 ans.

L’état américain intervient déjà dans la santé avec deux programmes :
Medicare, le programme fédéral ouvert aux personnes âgées de plus de 65 ans ou handicapées, couvraient en 2007 44 millions de personnes et Medicaid, co-financé par l'Etat fédéral et les Etats de l'union, couvrent environ 61 millions d'Américains pauvres, dont une moitié d'enfants.

Le constat sur l’efficacité du système de santé américain a aussi poussé l’interventionnisme de la présidence américaine. Non seulement ce système est inégalitaire mais il apparaît comme inefficace en termes de coût : ce dernier représente 16% du PIB américain contre 11% en France, 10,4% en Allemagne ou 8,4% en Grande-Bretagne, selon les données de l'OCDE. D’où les annonces présidentielles visant à faire baisser le coût de la santé pour l’économie américaine.

Les dépenses de santé  représentent chaque année quelque 2.500 milliards de dollars, soit plus de 7.470 dollars par habitant.

Un coût qui n'est pas payant selon l'OMS, puisqu'en 2000 cette organisation classait les Etats-Unis au 37e rang mondial, loin derrière les états européens et leurs sécurités sociales publiques, dont la France arrivée en tête de ce classement.

Les annonces d'Obama, fort logiquement, n’ont pas satisfait les professionnels du secteur. Le secteur hospitalier s'est opposé au projet initial de l'administration Obama  de réduire les coûts de 220 milliards de dollars. Il a transigé sur un objectif de 155 milliards d'économies sur dix ans, en partie sur une réduction des versements effectués dans le cadre des programmes Medicare et Medicaid. Même son de cloche dans les compagnies d'assurance qui s'opposent à l'"option publique", un programme d'assurance médicale financé par l'administration fédérale qu'elles voient comme un concurrent.

Enfin, les groupes pharmaceutiques ont accepté un objectif de réduction de 80 milliards de dollars sur dix ans par une baisse des prix des médicaments. Ils freinent en revanche sur l'introduction des médicaments génériques. Quand l'administration Obama  souhaite que les nouvelles molécules disposent de sept années de protection avant la production de génériques, les laboratoires demandent eux une période de douze à quatorze ans pour protéger leurs retours sur investissement.

Le marché de la santé  représente 2.500 milliards de dollars. On comprend mieux l’intense lobbying que peut s’offrir cette industrie pour combattre les plans de réforme d’Obama…

 
Réforme de la santé : un vieux débat aux USA

Retour sur les réformes, réussies ou avortées, lancées depuis un siècle dans le domaine de la santé.

           

1912. Theodore Roosevelt fait de l'assurance santé  un thème central de la campagne présidentielle qu'il mène sous les couleurs du Parti progressiste. Roosevelt, qui a présidé les Etats-Unis de 1901 à 1909 sous la bannière du Parti républicain, est battu.


1930-1939. Le président Franklin D. Roosevelt considère qu'une couverture maladie Clinton promet une réforme de la santé en 1993  (AFP)nationale s'intégrerait à son New Deal mais estime politiquement trop risqué de l'inclure dans sa Social Security Act, la loi sur la Sécurité sociale qui instaure une couverture pour les personnes âgées et les chômeurs. L'initiative visant à faire adopter par le Congrès la création d'une assurance santé  échoue. Les parlementaires s'inquiètent de ce qu'ils considèrent comme une dangereuse extension des prérogatives de l'Etat fédéral.

1943. Le War Labor Board, ou Bureau national du travail de guerre créé pour soutenir l'effort de guerre, décide que le gel des salaires décrété pour éviter l'inflation ne doit pas s'appliquer aux prestations médicales. L'effet est immédiat et incite les employeurs à fournir une assurance maladie à leurs employés pour s'attacher leur loyauté et contourner l'impossibilité de leur accorder des augmentations.


1945-1949. La volonté du président Harry Truman de mettre en place un programme national d'assurance santé  est battue en brèche par ses détracteurs qui crient au socialisme et à la déségrégation raciale.


1954. Le Revenue Act promulgué cette année-là exclut les cotisations patronales d'assurance maladie de l'assiette des revenus imposables. C'est une nouvelle incitation en faveur d'assurances maladies fournies par les employeurs.


1965. Le président Lyndon Johnson parachève la plus importante réforme de la santé  du siècle en promulguant les lois créant les programmes Medicare (couverture pour les personnes âgées) et Medicaid (pour les pauvres). Dans la décennie suivante, l'élan se perd, du fait des deux chocs pétroliers, de l'inflation, de la récession économique et de la hausse des coûts de la santé . Avec l'élection de Ronald Reagan en 1980, la dynamique libérale atténue davantage encore le débat sur un financement public de l'accès aux soins.

1993: L'administration démocrate de Bill Clinton prépare un plan détaillé en vue de la création d'une couverture médicale universelle. Concurrence entre assureurs privés et contrôle des coûts par des mesures fédérales de régulation en sont les principaux leviers.        Mais les démocrates du Congrès se divisent sur le sujet, et l'opposition déterminée des républicains et des groupes d'intérêt vient à bout de la volonté de réforme de Clinton.

2007. George W. Bush propose de modifier le système actuel, où prévalent les assurances maladies financées en partie par les employeurs, en introduisant une déduction fiscale standard pour financer l'accès aux soins. Mais le Congrès ne légifère pas sur ce projet. 


2008-2009. Insistant sur l'augmentation des coûts de la santé  et sur le fait que 46 millions de personnes sont privées de toute couverture maladie aux Etats-Unis, Barack Obama  place la réforme de la santé  au coeur de son programme électoral lors des primaires démocrates puis de l'élection présidentielle qu'il remporte en novembre 2008.

 

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