La drachme, monnaie grecque d'avant l'euro
AFPLe terme de restructuration n’est plus totalement tabou. Caché sous un langage technique (rollover), des banques et certains états ont déjà accepté l’idée d’un report (pour le moins) des échéances grecques.
Dans le même temps, le gouvernement d’Athènes a de plus en plus de mal à imposer de nouvelles mesures de rigueur à sa population.
L’idée d’une restructuration
Une association de banques allemandes a déclaré samedi soutenir la proposition de Berlin d'impliquer les créanciers privés dans le financement d'un deuxième plan d'aide à la Grèce , sans pour autant préciser qu'elle était en faveur de la solution d'échange de titres. L'Allemagne plaide pour cette participation des banques privées dans ce deuxième plan de sauvetage d'Athènes, estimé à 120 milliards d'euros, dans lequel les créanciers privés seraient invités à échanger leurs titres de dette contre des obligations à maturité plus longue ("rollover", en clair les banques sont remboursées mais sont "invitées" à remettre la même somme en prêt).
Selon le Financial Times, les banques françaises ont accepté le principe d'un échange de dette sur les emprunts grecs à la condition que tous les créanciers y prennent part. Le Crédit agricole, en France, s’était clairement déclaré sur cette même position.
Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, est sur la même ligne que Berlin sur la nécessaire participation du secteur privé, mais, à ses yeux, toute solution doit avoir l'aval de
A Athènes, pendant ces discussions, le gouvernement tente d'imposer de nouvelles mesures de rigueur à une majorité parlementaire de plus en plus réticente alors que les nouvelles économiques ne sont guère positives (croissance en berne). Officiellement, Athènes estime que les mesures négociées avec la troïka (UE, BCE et FMI) devraient permettre de résoudre les différentes menaces qui pèsent sur l'économie grecque. La dette et les causes de celle-ci.
Défaut et dévaluation ?
«Le défaut de la Grèce a basculé du côté de l’inexorabilité aussitôt que furent
connues les mesures envisagées au niveau européen et à celui du FMI », écrivait l’économiste (critique) Paul Jorion dès avril 2010. Pour un autre économiste, Jacques Sapir, lui aussi critique sur le système européen : « La Grèce sera probablement le premier des maillons de la chaîne de l’Euro à sauter. Les taux sur les bonds du Trésor à 10 ans ont atteint 16,81%. De plus, les taux d’intérêt sur les bonds du Trésor à deux ans sont montés à 26,1%, un chiffre astronomique qui ne fait sens que parce que les opérateurs du marché s’attendent à ce que la Grèce fasse défaut dans un délai de moins de deux ans en dépit du plan de privatisation ».
On le voit pour les économistes qui critiquent les politiques libérales menées en Europe (notamment), les décisions imposées à la Grèce emmènent le pays dans le mur. Pour ces Cassandre, les potions décidées par la Troïka (UE, BCE et FMI) risquent de tuer le malade.
Jacques Sapir ajoutait ensuite : « Un défaut sur la dette est donc inévitable et ne signifie pas la fin du monde. Cependant, il entraînera la sortie de la Grèce de
Pour Patrick Artus, économiste chez Natixis, "une restructuration des dettes de ces pays ne serait pas une solution durable à la crise s’ils conservent leur déficit de balance courante, ils recommenceront à s’endetter après la restructuration ». Pour corriger ce déficit, l’économiste propose plusieurs pistes dont l’une est la sortie de l’euro. «Ils amélioreraient alors leur commerce extérieur, et la disparition de l’excédent commercial de l’Allemagne viendrait de sa perte de compétitivité vis-à-vis des pays du « Sud » de la zone euro, comme cela avait été le cas après l’explosion du Système Monétaire Européen en 1992-93 ».
L’économiste serait favorable à d’autres solutions mais enregistre les difficultés à imposer ces autres solutions (plus de fédéralisme en Europe ou de nouvelles pertes de revenus pour les Grecs notamment). Résultat, il écrit : « la menace d’utiliser le scénario dévaluation par ces pays est alors très puissante et efficace ». L'éditorialiste économique du "Monde" et du "Financial Times", Martin Wolf, allait dans le même sens lorsqu'il affirmait que la situation actuelle de la zone euro était intenable et que celle-ci devrait choisir entre deux solutions: une intégration politique ou une explosion: "La zone euro, telle qu'elle avait été conçue, est un échec. Elle était fondée sur des principes qui se sont révélés inapplicables dès qu'ils se sont heurtés à une crise financière et budgétaire. Il reste désormais deux options : progresser vers une union monétaire plus étroite, ou régresser vers une dissolution au moins partielle".
On le voit la crise grecque, et celle des autres pays du sud de l'Europe, est loin d'être terminée...


