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07/05/2009 | 11:42 par Louis SAN

Les étudiants ERASMUS, l'Europe de demain ?

- Des étudiants ERASMUS qui visitent un campus - (c) France 3 LCA -

Des étudiants ERASMUS qui visitent un campus

© (c) France 3 LCA

Les étudiants ayant bénéficiés du programme d'échanges universitaires ERASMUS sont-ils l'Europe de demain ?

Avec ERASMUS, les étudiants peuvent effectuer une partie de leurs études dans un autre établissement européen, pendant 3 mois au minimum ou 1 an au maximum.

France2.fr a rencontré trois étudiants qui sont partis dans le cadre de ce programme afin de discuter du "peuple européen" avec les plus internationaux des étudiants du vieux Continent.

Inutile de jouer les candides. Les étudiants partis dans le cadre du programme ERASMUS ne se sont pas expatriés par amour de l’Europe." La fête, c’est la base du départ pour beaucoup", remarque Jonathan, un Français avec de lointains ancêtres Espagnols, qui l’année dernière a séjourné 6 mois à Madrid, pour une école de commerce. Même avis pour Laure, ravissante étudiante aux yeux bleus en deuxième année de Master de philosophie à la Sorbonne, qui considère ERASMUS comme "le meilleur plan pour faire la fête".

Pourtant, tous deux n’en ont pas tant profité. Elle, qui ne "boit pas" et se dit "grosse bosseuse", est partie il y a deux ans à Padoue, près de Venise, pour fuir un garçon. Rien de très pro-européen. Jonathan, lui, n’a pas fait trop d’abus puisqu’il était dans la capitale espagnole pour sa dernière année d’études et que l’enjeu était important. Alin, qui finit ses études à Sciences Po, avait simplement envie d’étudier à l’étranger. Et même si les Roumains comme lui ont l’obligation de valider les crédits européens (ECTS) sous peine de se voir retirer les bourses, cet étudiant en dernière année de Master d’Affaires européennes, s'exprimant dans un français parfait teinté d'accent, a bien profité de son séjour sur le campus de Nanterre : "les Espagnols organisaient toujours des fêtes. On frappait à la porte des voisins et on disait 'eh, il y a une fête' ! ", se rappelle-t-il dans un sourire chargé de souvenirs.

Bouillon de cultures
Si les étudiants ERASMUS ne partent pas pour l’Europe, le fait est qu’ils la vivent une fois sur place. C’est une vraie "rencontre de cultures", "un melting-pot gigantesque", s’ébahit toujours Alin qui prend comme référence le film "L’Auberge espagnole" de Cédric Klapisch. Mais les rencontres avec les étudiants étrangers ne sont pas l’occasion de parler d’Europe, elles permettent avant tout d’aborder les spécificités des pays de chacun.

Ainsi, avec ce programme d'échanges, les étudiants découvrent un nouveau pays mais aussi d’autres cultures, et cela attise la curiosité. Jonathan a de cette manière appris de nombreuses choses sur les Slovaques et les Tchèques et inversement. Il a également constaté que "si on pouvait être ensemble pour travailler, faire la fête ou faire du sport, on voyait de vrais différences dans la vie quotidienne, la vie privée".

Laure, quant à elle, "évitait" les autres étudiants ERASMUS. "Je ne me suis pas mise dans leur mailing-list, je ne voulais pas être qu’avec des Français ou des étrangers, j’ai vraiment voulu être avec des Italiens. Et maintenant, je parle italien", conclut-elle non sans fierté.

 
L'Europe de demain sans peuple européen

L’Europe de demain est-elle là ? Dans et autour de ces groupes d’étudiants ERASMUS ? Alin, qui a un avis de jeune expert sur les questions européennes, indique que le programme est "le meilleur outil que l’Union Européenne n’a jamais eu" pour sa construction et qu’il est unanimement considéré comme un grand succès.

Est-ce pour autant que se dessine un peuple européen ? Non, tous trois s’accordent sur son inexistence. "Il n’y a pas de peuple européen et il n’y en aura pas", pour Alin. Un constat ni triste, ni amer pour lui qui espère travailler au Parlement Européen après ses études.  "Ce n’est pas le but de l’Union européenne de faire un peuple européen", ajoute-t-il. Les choses sont claires pour Jonathan, "il y a des peuples européens, pas UN seul".  Le peuple européen, Laure n’en veut pas, l’UE doit rester une entité politique, économique et diplomatique : "un peuple, ça veut dire une langue. Ca veut dire qu’on parlerait quoi, l’anglais ? Quelle horreur, c'est une langue chewing-gum !", lance-t-elle en faisant les gros yeux.


Le nivellement des populations et des cultures est ce vers quoi l’Europe ne doit pas tendre, selon la jeune philosophe. Pour elle, "il ne faut pas que l’Europe soit un effacement des différences, ça serait le pire". Au contraire, "il faut cultiver les particularités" et même "encourager les dialectes", surenchérit-elle. Cette diversité menacée, Alin n’y croit pas. "On aura toujours la diversité, l’enjeu c’est de construire l’unité". Justement, Jonathan, lui, réclame de la clarté dans cette instance "abstraite", et se désole du manque de cohésion de l’UE : "si on pouvait parler d’une voix au niveau international, ça serait un bon début. Il faut d’abord que ça parte de là".

Le peuple européen n’existe pas, certes, mais il est nécessaire de tracer les contours d’une identité européenne. Et pour cela, il faut "faire des réseaux entre les cultures" : exactement ce que permet ERASMUS.

 
ERASMUS en chiffres

Depuis son lancement en 1987, ce sont 1,9 million d’étudiants qui ont profité du programme Erasmus. Le nombre d’étudiants bénéficiaires étaient en constante jusqu’en 2006-2007 et la mobilité d’études a baissé en France, en 2007-2008   (-1, 85 %). Mais une nouvelle tendance de mobilité a fait son apparition sous forme de stages, avec en 2007-2008,
3.389 étudiants bénéficiaires. C’est pourquoi ERASMUS va désormais concerner 46 pays et l’objectif est d’avoir d’ici 2020, 20% de diplômés avec une partie de leurs études ou un stage à l’étranger.

En 2004, près de 21.000 étudiants français sont partis étudier en Europe avec Erasmus, ce qui place la France au premier rang des pays européens qui participent au programme.

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