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Elections européennes

04/05/2009 | 10:47 par Catherine Rougerie

Modem : "L'Europe doit être gouvernée au centre"

- Marielle de Sarnez prépare la campagne pour les européennes - Catherine Rougerie -

Marielle de Sarnez prépare la campagne pour les européennes

© Catherine Rougerie

Marielle de Sarnez veut aller plus loin dans l'intégration politique et économique de l'Union européenne

Tête de liste du Mouvement Démocrate en Ile-de-France, Marielle de Sarnez est parlementaire européenne depuis 1999. Aux côtés de François Bayrou, Francesco Rutelli et Romano Prodi, elle est à l'origine de la création d’un nouveau parti, le Parti démocrate européen.

Ces élections sont pour elles l'occasion de réconcilier les citoyens avec l’Europe.

Interview de Marielle de Sarnez

Quel modèle européen proposez-vous ?

MdS. Pour moi, l’Europe n’est pas seulement un marché, où peuvent circuler librement les hommes, les biens, les services et les capitaux. C’est bien plus que cela. C’est d’abord et avant tout un modèle, un projet de société, qui repose sur des valeurs qui nous sont propres. La solidarité et la cohésion entre européens comme entre États membres, des avancées sociales au service du plus grand nombre la défense des services publics, la prise en compte des enjeux écologiques et sanitaires, la défense de la démocratie et de la laïcité sont autant de valeurs qui forment un projet européen unique au monde. C’était au fond l’idée fondatrice de l’Europe : un espace commun de prospérité et de sécurité au service de la paix, et la certitude qu’il ne peut y avoir de progrès économique sans progrès social.

 

Vous dîtes que José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, n’a pas été à la hauteur. Que lui reprochez-vous ?
MdS. Il faut une Commission forte à côté des Etats. Une Commission faible, c’est mauvais pour l’Europe. Pendant la crise, la Commission a été faible : pas de grand plan de relance européen, pas de politique industrielle commune, pas de grands projets d’infrastructures, pas de grands emprunts, etc. Il ne peut pas y avoir de réponse crédible à la crise en dehors de l’Europe. Quand les États membres agissent seuls et séparément, sans aucune coordination ou cohérence, ils ne sont pas en capacité de créer de la croissance. La coordination des politiques économiques prévues par le Traité de Maastricht n’a toujours pas vu le jour. Cela devient de plus en plus urgent d’avancer vers une plus grande intégration économique, budgétaire, industrielle,  et vers une harmonisation fiscale et sociale, au moins au sein de la zone euro. Dans le même temps, nous devons prendre un certain nombre de décisions en matière de régulation financière, sujet sur lequel l’Union serait bien inspirée d’avancer par exemple en désignant un régulateur européen. L’Europe doit aussi faire plus en matière d’environnement, d’énergie, de sécurité alimentaire, de recherche et de développement. Sur toutes ces questions, nous devons agir ensemble pour être efficaces.

Qu’attendez-vous du prochain Président ? Avez-vous un candidat ?
MdS. L’Europe doit être gouvernée au centre. L’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt ferait un très bon président de Commission. De plus, il est francophone ! D’autres personnalités existent, tels Mario Monti ou Wolfgang Schaüble. Ce qui compte avant tout c’est de choisir un président de commission authentiquement européen qui défendra pendant les cinq prochaines années la vision d’une Europe sociale, durable et solidaire, et qui sera indépendant des chefs d’État et de gouvernement. Pour que ça marche, il faut aussi davantage de démocratie et de transparence. Nous faisons une proposition : qu’il n’y ait plus un seul texte européen qui soit débattu et adopté sans qu’il n’est été porté à la connaissance des citoyens  au moins trois mois à l’avance. Et nous demandons aussi que les réunions du Conseil européen soient publiques et retransmises sur internet pour qu’il n’y ait plus de double langage de nos gouvernants, favorables aux décisions européennes quand ils sont à Bruxelles, et opposés quand ils rentrent à Paris ! 

Qu’est-ce qui différencie le Modem du  projet du PS et de celui de  l’UMP ?
MdS. Nous sommes, historiquement, le parti le plus cohérent et le plus homogène sur l’Europe. Notre engagement est constant depuis le début et il n’y a jamais eu aucune division entre nous sur cette question. C’est peut-être cela qui nous différencie des autres partis. Et c’est justement parce que nous sommes européens que nous pouvons défendre l’idée d’une nouvelle Europe, plus attentive à ceux qui la forment. Moi je souhaite que cette élection permette de réconcilier les français avec l’idée européenne. Et puis, nous avons, je le crois la meilleure équipe de France pour l’Europe avec des personnalités fortes, compétentes et engagées à la tête de nos listes. Je pense à Jean-François Kahn, Robert Rochefort, Corinne Lepage, Sylvie Goulard ou Jean-Luc Bennahmias.

Selon le dernier sondage Eurobaromètre, le Parlement européen a perdu 6 points dans l’indice de confiance passant de 51% à 46% en 6 mois et 62% des sondés estiment que leur vote ne changera rien. Que faire pour tenter d’enrayer le déficit démocratique et le désintérêt croissant dont souffre l’Union Européenne ?
MdS. L’Europe doit apporter de meilleures solutions, des solutions concrètes aux citoyens. Sur le plan social, elle doit se doter d’un plan de convergence sociale avec pour objectifs la lutte contre les inégalités croissantes, une meilleure protection pour tous et un salaire minimum. L’Union européenne doit s’atteler à l’intégration économique et sociale. Tout est lié. Il n’y aura pas de croissance sans politique économique. Il n’y aura pas de progrès économique sans progrès social.
Pour stopper le déficit démocratique, les responsables politiques ont un rôle à jouer au niveau des institutions européennes. Mais ce ne sont pas les seuls. Les gouvernants français ont  une grande part de responsabilité dans le « déni d’Europe ». L’Europe sert trop souvent de bouc émissaire. Elle est régulièrement présentée comme responsable de tous les maux. Toutes les législations européennes ne sont certes pas satisfaisantes mais il est trop facile de s’en prendre à l’Europe sans dire aux Français qu’aucune grande décision ne se prend sans l’accord des représentants français. Enfin, les médias ont aussi leur part de responsabilité dans le déficit de connaissances sur l’Europe.

Quel est la position du Modem quant à l’intégration de la Turquie dans l’Europe ?
MdS. A chaque scrutin, cette question revient sur la table avec la confrontation de deux thèses : d’un côté ceux qui voient l’Europe comme une simple zone de libre échange devant continuer de s’élargir pour éviter le « choc des civilisations » et de l’autre ceux qui veulent construire une Europe politique et redoutent à terme une dilution du projet européen  dans une Europe de plus en plus large, ce qui est  plutôt mon sentiment. Mais en tout état de cause, il faut savoir qu’aujourd’hui, la Turquie n’est pas prête à rejoindre l’Union et qu’elle ne le sera pas avant des décennies. En matière de droits de l’homme et de lutte contre les discriminations, elle ne respecte aucun des critères fixés par l’Union. Des journalistes, des écrivains, des élus sont toujours poursuivis et condamnés à des peines de prison pour insulte à la « Nation turque ». Les revendications identitaires et culturelles de la minorité kurde sont niées et le génocide arménien n’est toujours pas reconnu. Sans oublier que la Turquie occupe encore une partie d’un pays membre de l’Union, Chypre.
La prochaine étape de l’élargissement de l’Union concernera les Balkans. Et j’ai une certitude : dans une Europe à trente, il faudra pour continuer d’avancer une avant-garde, un « noyau dur ». Ce « noyau dur » existe, c’est celui des pays de la zone euro.

Le parti de François Bayrou avait eu de très bons résultats aux précédentes élections européennes. Quel est votre objectif pour le scrutin de juin 2009 ?
MdS. Le meilleur score possible. Mais, pour moi, ce qui compte le plus c’est de réconcilier les français avec l’Europe, d’élever les normes sociales et environnementales, d’aller vers davantage de solidarité entre les États européens mais aussi vis-à-vis des autres pays.
Regardez l’Afrique. C’est le seul continent où la faim et la pauvreté continuent d’augmenter. L’Afrique a perdu la moitié de ses parts de marché à l’exportation entre 1980 et 2006 passant de 6% à seulement 3%, le pire étant le secteur agricole où elle a dû faire face entre autres, à la concurrence, pas toujours loyale, des importations européennes de produits largement subventionné. Cela aussi doit changer. L’Europe doit repenser sa façon de faire du commerce sur le plan international, changer les règles, et défendre un commerce équitable et responsable. La force de l’Europe, si elle se décide enfin à exister, c’est qu’elle  porte l’idée d’un nouvel ordre mondial fondé, non pas sur la force ou l’hégémonie mais sur un juste équilibre. Dans le monde difficile dans lequel nous vivons, le modèle européen sera un bien précieux.

 
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