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ELECTIONS EUROPEENNES

11/05/2009 | 10:41 par Laurent Ribadeau Dumas

L'interview d'une eurodéputée hongroise

- Zita Gurmai - DR -

Zita Gurmai

© DR

Zita Gurmai est membre du groupe socialiste et travaille notamment sur les droits des femmes

Dans cet entretien, elle évoque notamment "les grands bénéfices" que les institutions européennes ont apportés à son pays.

Economiste de formation, Zita Gurmai est députée hongroise, élue sur la liste Magyar Szocialista Part. Membre du groupe socialiste, vice-présidente de la commission des Droits de la femme et de l’égalité des chances , elle se représente pour la prochaine législature. Membre du secrétariat national du PS… français, elle s’exprime avec une grande aisance dans la langue de Molière. Et parle de l’Europe et des opportunités qu’offre le PE et les institutions de l’UE avec beaucoup d’enthousiasme et de conviction.

Comment jugez-vous l’action du Parlement de Strasbourg en matière de droit des femmes ?

En préliminaire, j’observe que les socialistes sont les seuls à avoir proposé un chapitre sur les femmes dans leur programme électoral. Celui du PPE [la droite du Parlement] ne propose presque rien. D’une manière générale, les conservateurs et les libéraux ne veulent pas donner davantage de droits aux femmes. Les socialistes avaient proposé d’instaurer l’obligation de la parité sur les listes. Le PPE a refusé. Cela m’attriste. Actuellement, l’Assemblée de Strasbourg compte 31 % seulement de députées.

Pour nous, Hongrois, il est important de se battre dans ce domaine. Car [depuis la chute de l’Etat-système dans notre pays en 1989, NDLR], les droits des femmes sont en recul. Un exemple : aujourd’hui, celles-ci représentent 11,2 % de l’ensemble des membres du Parlement de Budapest, contre 30 % du temps de l’Etat-système qui avait instauré des quotas.

Pour cette raison, l’action des institutions européennes a été fort utile. Par exemple sur la prostitution ou en matière de petite enfance. Dans ce dernier domaine, la Commission de Bruxelles a publié une communication à propos des engagements du sommet de Barcelone, notamment sur la construction de crèches. Dans un autre secteur, celui des salaires, une étude d’Eurostat [l’institut de statistiques de l’UE, NDLR] a montré qu’en moyenne au sein de l’UE, les hommes gagnent 17,4 % de plus que les femmes. Pour arriver au même niveau salarial, les femmes doivent travailler 63 jours de plus ! Cela fait partie de ces injustices que je combats.

A propos, vos collègues masculins sont-ils sexistes ?

Beaucoup d’entre eux restent sexistes et machistes. D’ailleurs en majorité au sein du PPE ! Chez les socialistes, la situation est meilleure. Mais vous savez, ce problème dépasse le Parlement. C’est d’abord une question de société. Pour cette raison, il est indispensable de renforcer le dialogue hommes-femmes, comme il faut renforcer le dialogue entre les handicapés et ceux qui ne le sont pas, ou les migrants et les non-migrants.

Comment travaillent les députées et députés français ?

Les Françaises travaillent davantage que leurs compatriotes masculins. Elles sont plus diligentes.

Le 1er mai 2004, 10 nouveaux pays, dont la Hongrie, ont intégré l’UE. Comment leurs députés ont-ils été accueillis à Strabsourg ?

En ce qui me concerne, mon intégration a été particulièrement facile, car j’étais observatrice au Parlement depuis 2003. Au sein du groupe socialiste, les gens ont été très amicaux. Mais cela a été le cas dans tous les autres groupes.

Quelle influence le travail du Parlement européen a-t-il eu pour un pays comme la Hongrie, qui a connu 40 années de totalitarisme ?

Je pense que l’action des institutions européennes nous a permis de mieux connaître notre histoire. De comprendre que notre bien le plus précieux, c’est la paix. Et que si aujourd’hui, l’Europe est stable, c’est grâce à la construction européenne.

Au-delà, l’UE a apporté de grands bénéfices à la Hongrie. Ces dernières années, nous avons ainsi reçu 2,4 milliards de crédits européens. Ce qui a notamment permis de construire des autoroutes, de rénover des écoles et des hôpitaux…

Comment expliquez-vous alors que d’une manière générale, le rôle des institutions de l’UE soit si mal connu, et en particulier celui du Parlement ?

Au niveau national, on ne parle pas des avantages procurés par l’UE.

Justement, comment l’expliquez-vous ?

Je constate que c’est une tendance, dans la presse, de ne pas parler des choses positives qui se produisent dans le cadre de l’UE. Regardez : récemment, j’ai reçu la visite à Bruxelles d’une délégation d’élèves hongrois. Les journaux n’en ont pas parlé.

Donc, c’est la faute aux journalistes si l’Europe ne suscite pas plus d’intérêt dans le grand public… ?

Le problème ne vient pas que des journalistes. Je pense qu’au sein des institutions de l’UE, nous devons présenter notre action de manière plus simple, parler de choses qui intéressent le public. Nous devons mieux écouter les citoyens, mieux dialoguer avec eux. C’est en les écoutant que nous pourrons construire.


Pour intéresser les gens, je pense qu’il faut davantage politiser l’Europe Je pense que la crise actuelle peut donner une nouvelle impulsion à l’Europe, offrir un nouvel espace pour la construction européenne. Mais il faut savoir ce qu’on le veut faire et comment.

Ma grand-mère avait coutume de dire que « quand on a cinq pommes, il est bon d’en manger quatre et d’en garder une ». Le problème est que nous autres Européens, nous voulons en manger neuf ! Nous devons laisser de la place pour la nouvelle génération, pour qu’elle s’occupe des immenses problèmes auxquels nous avons à faire face, comme celui de l’énergie.

D’une manière générale, nous avons besoin d’une Europe forte. Pour ce faire, nous devons mieux travailler entre hommes et femmes, créer plus de solidarité. En étant fiers de notre histoire et de nos valeurs.

 
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