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29/10/2008 | 17:03

Mesures pour l'emploi et réactions

- Nicolas Sarkozy salue la foule après son discours de Rethel (Ardennes), le 28 août 2008 - AFP - Gérard Cerles -

Nicolas Sarkozy salue la foule après son discours de Rethel (Ardennes), le 28 août 2008

© AFP - Gérard Cerles

Les mesures de soutien à l'emploi, annoncées mardi par Nicolas Sarkozy, ont suscité des réactions contrastées

L'UMP a salué le "volontarisme" du chef de l'Etat, alors que la gauche fustige des "promesses verbales" et les syndicats de disent déçus. Tandis que pour la presse, Nicolas Sarkozy se montre pragmatique.

Nicolas Sarkozy a annoncé, mardi à Rethel (Ardennes), 100.000 contrats aidés supplémentaires pour 2009.

Le plan Sarkozy
L'hôte de l'Elysée a demandé au gouvernement "d'augmenter à 330.000 le nombre d'embauches dans ces contrats dans le projet de loi de finances pour 2009, soit 100.000 de plus que ce qui était prévu".

Bercy a estimé la mise en oeuvre de ces 100.000 contrats aidés supplémentaires à 250 millions d'euros en 2009, sans alourdir le déficit. Parmi le volet de mesures censées protéger l'emploi en cette période de crise, Nicolas Sarkozy a promis des "guichets uniques" pour les chômeurs "dès l'été prochain". 

Le chef de l'Etat a donc confirmé son ambition d'"accélérer" la réforme du service public de l'emploi, qui passe par la création du Pôle emploi née de la fusion ANPE-Assedic, qu'il juge "cruciale pour en finir avec la course d'obstacles si souvent associée à la recherche d'emploi". "Dès l'été prochain, il ne doit plus exister en France que des 'guichets uniques' et dès septembre prochain, l'entretien unique doit être généralisé", a-t-il spécifié.

Les autres mesures annoncées concernent l'extension du contrat de transition professionnelle (CTP), une réflexion sur le travail dominical et la sécurité sociale professionnelle.

Nicolas Sarkozy présentait mardi matin des mesures visant à amortir les effets de la crise financière sur l'emploi, présentées comme la "3e étape" du plan anti-crise, après les aides aux banques et entreprises. Ces mesures pour les salariés étaient très attendues, à deux jours de la publication du nombre de demandeurs d'emplois en septembre. En août, les chiffres du chômage avaient amorcé une forte remontée (41.000 demandeurs enregistrés en plus).

Même si son entourage avait réfuté l'expression "plan emploi", l'Elysée avait confirmé que Nicolas Sarkozy évoquerait à Rethel le "traitement social du chômage" ou la "sécurité sociale professionnelle".

Coup de pouce aux contrats aidés
Comme prévu, Nicolas Sarkozy a donc officialisé la relance des contrats aidés. Il a annoncé quelque 100.000 contrats aidés supplémentaires pour 2009. Ce qui signifie que le gouvernement a été chargé "d'augmenter à 330.000 le nombre d'embauches dans ces contrats dans le projet de loi de finances pour 2009, soit 100.000 de plus que ce qui était prévu (...) Mais je ne veux pas que, comme on le fait depuis des années, on renvoie à la fin du contrat les personnes à la case départ, le RMI ou le chômage", a-t-il poursuivi. "Je demande donc à Laurent Wauquiez de préparer un plan d'action et de veiller à ce qu'une véritable offre de services soit destinée aux bénéficiaires de contrats aidés, en cours même de contrat, pour leur donner le maximum de chances d'obtenir à la sortie un emploi dans une entreprise."

Le renforcement des contrats aidés, largement financés par l'argent public, que le gouvernement jugeait jusque-là peu efficaces, devraient permettre, selon le Premier ministre François Fillon, de servir d'"amortisseurs" à la crise. Leur "coût budgétaire incontestable" sera inclus "dans une loi de finances rectificative", avait fait savoir l'Elysée.

"Les contrats aidés, c'est bien un coût pour le budget de l'Etat", a précisé mardi l'entourage du ministre du Budget, Eric Woerth. "Il est évalué à environ 250 millions pour les 100.000 contrats supplémentaires l'an prochain et il y aura un amendement au projet de loi de finances", selon Bercy.

Débat relancé sur le travail du dimanche
Nicolas Sarkozy a demandé aux parlementaires de se saisir "maintenant" et "sans tabou" d'une proposition de loi "qui a été préparée" sur le travail dominical. "Pourquoi continuer d'empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ?", a-t-il demandé lors de son discours de Rethel. Selon lui, le travail dominical, "c'est un jour de croissance en plus, c'est du pouvoir d'achat en plus, et les autres pays le font (...) Une proposition de loi a été préparée. Il faut que les parlementaires acceptent maintenant de s'en saisir sans tabou."

Le contrat de transition professionnelle sera "étendu"
Nicolas Sarkozy a indiqué que l'expérimentation du Contrat de transition professionnelle (CTP), lancée en 2006 pour aider les licenciés économiques à se reclasser, serait étendue aux "bassins d'emploi qui seront les plus touchés par des difficultés économiques". Il souhaite donc que le gouvernement "examine immédiatement la généralisation d'un dispositif qui s'inspirerait du contrat de transition professionnelle, en dialogue avec les partenaires sociaux, pour remplacer la convention de reclassement personnalisée, qui ne marche pas".

Sécurité sociale professionnelle: Sarkozy promet du concret
Le Président s'est engagé à prendre des "décisions pour la fin de l'année" afin de mettre sur pied une sécurité sociale professionnelle. "Pour promouvoir l'emploi d'aujourd'hui, il nous faut tout à la fois créer une véritable sécurité sociale professionnelle, en sécurisant mieux les parcours professionnels et proposer des solutions immédiates et concrètes aux situations difficiles qui vont se présenter sur le terrain."

Travail à domicile: mesure fiscale
Le chef de l'Etat a évoqué, mardi à Rethel, la possibilité de mettre en place une avance sur le crédit d'impôt dont bénéficient les employeurs de salariés pour des services à domicile. "Dans le champ des services à la personne, il existe aussi des freins à faire sauter. Certains ménages renoncent à recourir à ces services car cela constitue une charge immédiate lourde, qui ne leur est remboursée que l'année suivante sous forme de crédit d'impôt", a déclaré le chef de l'Etat. "Je demande qu'on envisage d'aider ces ménages en leur consentant une avance sur ce crédit d'impôt."

Chômage: simplifier l'indemnisation
Nicolas Sarkozy a proposé de "simplifier les filières d'indemnisation" des chômeurs, avec la mise en place d'une "filière unique" qui permettrait aux demandeurs d'emploi, après six mois de cotisations, "d'accumuler progressivement des droits".

Une mise en garde aux entreprises
Nicolas Sarkozy a assuré que le gouvernement serait "intraitable" envers les entreprises qui utiliseront la crise pour justifier des réductions d'effectifs "qui n'ont rien à voir avec elle" : "J'en profite pour dire aux entreprises, à toutes les entreprises, que je n'accepterai pas les stratégies cyniques et opportunistes", a averti le président de la République.

Réunion dans un mois avec les partenaires sociaux
Nicolas Sarkozy a précisé qu'il organiserait une réunion "dans un mois" avec les partenaires sociaux pour faire le point sur l'ensemble des négociations sociales qui doivent impérativement se conclure "avant la fin de l'annnée".

Les syndicats attendaient sans grande illusion ce nouveau plan, qui ne remettra pas en cause, selon eux, une politique gouvernementale défavorable aux salariés.

 
Réactions politiques et syndicales

A droite
Le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, a salué le "volontarisme" de Nicolas Sarkozy. Pour lui, ces annonces "témoignent d'une réactivité qui montre, dans la tempête qui secoue le monde, que la barre de notre pays est tenue d'une main sûre et d'une réelle vision de l'avenir".

Le conseiller social de l'Elysée, Raymond Soubie, a estimé que les mesures proposées ne sont pas "un reniement" mais "une mesure pragmatique" dont il évalue le coût à "100 millions d'euros". Pour autant, cette hausse ne constitue pas "un retour en force du traitement social du chômage".

Bémol du côté villepiniste-chiraquien: ces mesures "auront une portée, mais ne résoudront pas la crise", a tempéré le député François Goulard.

Quant au MPF Philippe de Villiers, il a demandé au chef de l'Etat d'"exiger" de Bruxelles
"une protection européenne et un grand plan de relocalisation pour protéger nos emplois".

Jean-Marie Le Pen (Front national) a ironisé sur "le nouveau catalogue de M.
Sarkozy", devenu "une machine automatique à égrener les promesses de réformes",
qui "pense comme l'écureuil dans sa cage".

Au centre
François Bayrou, le président du Modem: "On va refaire ce qu'on avait défait, en attendant, j'imagine, de défaire ce qu'on aura refait".

A gauche
Le premier secrétaire PS François Hollande, a épinglé "beaucoup de promesses verbales, beaucoup de 'moi je', beaucoup de 'yaka'". Nicolas Sarkozy "ne pratique pas la politique, mais la magie", a-t-il ajouté.

Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, candidat au poste de premier secrétaire, a jugé que "la relance des contrats aidés illustre la démarche incohérente de ce gouvernement", qui dans le budget 2009 "avait programmé une baisse de 25 % de ces contrats par rapport" à 2008. La députée socialiste Martine Aubry dit éprouver une "énorme déception". Quant à l'ex-candidate PS à la présidentielle, Ségolène Royal, elle a demandé "comme mesure d'urgence" d'interdire les délocalisations et les licenciements "dans les entreprises qui font des béénfices".

Le PCF a fustigé "le contraste entre les milliards promis aux banques sans contreparties et le vide intersidéral sur les financements des mesures pour l'emploi".


La LCR a déploré "un pétard mouillé qui souligne la volonté du gouvernement de faire payer la crise au monde du travail".

Dans les syndicats
Pour Bernard Thibault (CGT ), ces quelques "pansements" ne sont "pas à la hauteur de la crise", alors qu'"on demande aux salariés de s'adapter à la situation".

La CFDT a renchéri sur des "mesures pas à la hauteur": la "troisième étape" de son plan anti-crise "est certainement la plus décevante".

Le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly a concédé "quelques éléments d'ordre curatifs", mais relevé "quelques annonces dangereuses" et "surtout rien sur un plan de relance de l'économie, rien sur les salaires et la consommation".

L'union syndicale Solidaires (syndicats Sud) a parlé de "cautère sur une jambe de bois".

La CFTC s'est félicitée de l'extension du contrat de transition professionnelle et des contrats aidés, mais a reproché à M. Sarkozy de "mettre la pression" sur les partenaires sociaux.

A l'inverse, le MEDEF a salué la volonté présidentielle "de 'lever les tabous'", sur le travail le dimanche et l'utilisation des CDD.

 
Réactions de la presse

Les éditorialistes soulignent unanimement mercredi la volte-face de Nicolas Sarkozy sur les emplois aidés. Tout en demeurant perplexes sur l'efficacité des mesures annoncées à plus ou moins long terme.

Pour nombre de commentateurs, le locataire de l'Elysée "a mangé son chapeau" (Jean-Marcel Bouguereau, La République des Pyrénées) et "piqué dans la boite à outils socialiste", pour Daniel Ruiz (La Montagne). "Il aura donc fallu bricoler un patchwork de mesures prises à droite comme à gauche", résume Philippe Waucampt (Républicain Lorrain).

"Sans doute était-il à mille-lieues de penser qu'il devrait un jour se résoudre à relancer les emplois aidés, recette tant de fois utilisée dans le passé et qu'il contestait lui-même avec vigueur", note Gaetan de La Capèle (Le Figaro). "Nicolas Sarkozy suit des pistes qu'il avait écartées comme néfastes", dit également Dominique Quinio (La Croix) ajoutant: "mieux vaut des solutions imparfaites que l'inaction". "Dans l'urgence, pas d'idéologie, mais de la réactivité", insiste-t-il.

Cette troisième étape du plan anti-crise du chef de l'Etat annoncé à Rethel (Ardennes) n'a guère séduit une presse de gauche qui se montre critique. "Nicolas Sarkozy s'est moqué du monde", écrit Pierre Laurent (L'Humanité). "Les mécanismes d'étranglement des débouchés et d'appauvrissement des salariés qui ont précisément conduit au krach sont maintenus intacts", précise-t-il.

Dans les colonnes de Libération, Didier Pourquery affirme que Nicolas Sarkozy a, "au nom du pragmatisme et du volontarisme érigés en valeurs suprêmes, mélangé hier quelques annonces floues sur les contrats aidés, les CDD et les contrats de transition professionnelle avec la confirmation de ses choix sur le travail du dimanche et les 35 heures". "Pour autant, est-ce une rupture idéologique, comme on le lit ici ou là ? Rien n'est moins sûr", écrit-t-il.

Jean-Marcel Bouguereau compare Nicolas Sarkozy "au Sapeur Camembert dont la principale activité était de faire des trous qu'il bouchait soigneusement avec la terre extraite des autres trous qu'il creusait."

Certains éditorialistes soulignent également avec inquiétude le coût de ces mesures. "Ce traitement dans l'urgence ne saurait suffire", constate Jacques Camus (La République du Centre) pour lequel subsiste "encore beaucoup trop d'interrogations sur les financements et la mise en oeuvre sur la durée". Selon Hervé Chabaud (L'Union), le président "sait que son plan devra être revu puisque personne ne peut évaluer aujourd'hui les vraies conséquences sur l'économie des récents tsunamis financiers."

Mais Franck De Bondt (Sud Ouest) explique qu'une "politique de soutien artificiel  de l'emploi est forcément coûteuse". "Le tout pour un milliard d'euros", chiffre Jean-Louis Gombeaud (Nice-Matin): "ça ne va tout de même pas chercher bien loin". "On ne voit
vraiment pas ce qu'il y a de mal à user de l'arme publique pour amortir l'impact d'une
situation difficile notamment sur l'emploi", conclut-il.

 
Martine Aubry veut des"mesures d'urgence"
- Martine Aubry (archives) - France 2 -

Dans un communiqué publié lundi soir, à la veille de la présentation des mesures pour l'emploi, l'ex-ministre socialiste des Affaires sociales fait savoir qu'elle souhaite que Nicolas Sarkozy agisse vite pour sortir l'économie de l'ornière. La candidate à la direction du PS craint "sans cela une explosion du chômage".

"La priorité absolue, c'est de redonner du pouvoir d'achat car son blocage est la cause majeure de la panne de l'économie et des immenses difficultés des Français", dit-elle, réclamant notamment "l'annulation du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires".

Selon Martine Aubry, "il faut relancer une politique active de l'emploi que la droite a supprimée", en rétablisant "les emplois aidés dans les associations et les collectivités locales". L'ex-ministre PS propose notamment de "mettre en place, au 1er janvier 2009, le chèque transport, augmenter les allocations familiales, revaloriser de manière exceptionnelle le SMIC".

Elle préconise également de "donner jusqu'au 31 mars 2008 aux entreprises pour conclure un accord salarial avec leurs syndicats et supprimer les allégements de charges à celles qui ne le font pas". En cas de licenciement, "il faut absolument rétablir les congés de conversion". Pour elle, les mesures de "très court terme" sont finançables par la suspension de "la loi TEPA" et en revenant sur "une partie des 72 milliards de niche fiscale".

Martine Aubry appelle le président de la Républiqe à demander au gouvernement de revoir sa copie sur le budget et lui réclame des "propositions pour le moyen terme". "Nicolas Sarkozy veut refonder le capitalisme international. Qu'il commence par combattre la crise économique et sociale française", a-t-elle lancé.

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Video

- Le président Sarkozy dans les Ardennes à Rethel - France 3 -

Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures pour amortir les effets de la crise financière sur l'emploi (voir)

- France2 -

Les mesures pour l'emploi prises par le président de la République (voir)

- France3 -

Les emplois aidés ne suffisent pas dénonce la gauche, à droite on vante le pragmatisme du président (voir)

- Enseignes de l'ANPE et de l'Assedic, deux entités bientôt fusionnées - France 2 -

Nicolas Sarkozy a préparé une série de mesures visant à porter secours à l'emploi en cette période de crise (voir)

Il s'agit d'aider les licenciés économiques à se reclasser, tout en gardant une grande partie de leur salaire (voir)

- Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT  - France 2 -

Pour le secrétaire général de la CGT les mesures annoncées ne sont "absolument pas à la hauteur de la crise" de l'emploi (voir)

   
   

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