Bagnolet: dispositif policier maintenu

seine-saint-denis

12/08/2009 | 09:57

Bagnolet: dispositif policier maintenu

- Bus incendié à Bagnolet dans la nuit du 10 au 11 août 2009 - France 2 -

Bus incendié à Bagnolet dans la nuit du 10 au 11 août 2009

© France 2

Les autorités ont décidé de maintenir un dispositif de police "adapté" suite aux incidents survenus dimanche à Bagnolet

Bien que la journée de lundi ait été calme par rapport à la nuit précédente, la préfecture de Seine-Saint-Denis a indiqué que les policiers resteraient en place mardi soir pour stabiliser la situation et assurer le calme.

Les tensions font suite à la mort d'un jeune homme de 18 ans, fuyant à moto, un contrôle de police.

 L'autopsie a révélé que Yakou Sanogo avait succombé à un "traumatisme thoracique profond" correspondant au "choc de son torse" contre "le pilier de la barre métallique contre laquelle il s'est encastré", selon le procureur adjoint de Bobigny.

Sa mort a ému dans le quartier, où les jeunes accusent la police.

De légers incidents ont éclaté lundi soir à Bagnolet. Des groupes de jeunes ont joué à cache-cache avec les forces de l'ordre durant toute la soirée, allumant un feu de poubelle ici, incendiant une voiture là. Des feux aussitôt maîtrisés par les pompiers sous le regard de nombreux badauds postés au pied des immeubles ou à leurs fenêtres. Vers 01h15 du matin, aucun incident grave n'était à déplorer, a confirmé une source policière. "C'est calme", a-t-elle indiqué, même si à proximité de l'autoroute, certains jeunes ont mis le feu à un autocar qui devait partir mardi pour Bordeaux.

Lundi soir, en face du 12 avenue Raspail, où le jeune motard s'est tué, une gerbe a été déposée avec une petite statue sur laquelle les mots: "ses amis en souvenir" sont gravés. A côté une ardoise rouge dit: "parti trop tôt, Yakou repose en paix, on t'aime, frère".

"Pas de contact entre la moto et la voiture de police"
Selon le procureur adjoint Philibert Demory, il n'y a pas eu de contact entre la moto conduite par le jeune homme, qui s'est tué vers 21h sur son engin, et les voitures des policiers. Concrètement, le jeune homme a heurté violemment le poteau de la rambarde métallique et c'est ce choc thoracique violent qui est à l'origine de sa mort, a précisé le magistrat, selon lequel "il n'y a pas d'autres traces de lésions sur le corps" de la victime.

Le Parquet a également confié une mission d'expertise à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), qui était intervenu  naguère sur l'accident ayant causé la mort de la princesse Diana, afin de "déterminer les circonstances de l'accident". L'objectif est d'"aller rapidement sur cette affaire et (en) résoudre les zones d'ombre", a souligné Philibert Demory.

Dimanche soir, Yakou Sanogo, 18 ans, a trouvé la mort à Bagnolet, alors qu'il roulait à vive allure pour tenter d'échapper à la police sur une moto non autorisée en ville, selon l'AFP. Le jeune homme a perdu le contrôle de sa moto dans un virage et a percuté une barrière en béton, selon les premiers éléments de l'enquête. "La voiture de police ne l'a pas touché. Il n'y a pas eu de contact entre la moto et la voiture des fonctionnaires de police", selon une source judiciaire. Le Parquet de Bobigny a saisi l'Inspection générale des services (IGS) - "la police des polices".

Réunion sur les relations jeunes-police... le 31 août
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a rapidement "appelé au calme" et annoncé la tenue d'une réunion le 31 août avec "une vingtaine d'associations de quartiers sensibles" sur les relations entre jeunes et police.

Un membre d'une équipe de tournage de BFM TV agressé
Un technicien de BFM, participant lundi à un tournage de BFM TV à Bagnolet, a reçu un coup de poing en plein visage asséné par un motard qui s'est arrêté à sa hauteur avant de repartir sitôt son geste accompli.

 
Pour les jeunes, la police est "responsable"

"C'est la faute des  policiers", "Ils l'ont poussé": la plupart des jeunes rencontrés lundi à  Bagnolet, où est mort Yakou Sanogo, 18 ans, qui fuyait la police sur sa moto,  tiennent pour "responsables" les forces de l'ordre. A Bagnolet, dans le quartier où coexistent petites maisons et immeubles de  taille moyenne, les rumeurs vont bon train. Le coupable semblait être désigné:  "la police". 

C'est en tous cas l'avis de beaucoup de jeunes rencontrés par un journaliste  de l'AFP: leur opinion est faite sur l'enchaînement des faits ayant conduit à la  mort du jeune homme qui s'est tué à moto en percutant une barrière de béton.

"La voiture de police l'a poussé, c'est de la faute des policiers",  s'enflamme El-Khassir: il connaissait "bien" la victime. "Pourquoi le  poursuivaient-ils ? Pourquoi ils ne l'ont pas laissé en paix ? C'est de leur  faute", ajoute-t-il.  A la vue d'une voiture de police banalisée, il vocifère, jure et s'enflamme:  "Ils l'ont tué. Ils sont responsables", accuse-t-il.

A l'angle de l'avenue de Stalingrad et de l'avenue Raspail, où l'accident  s'est produit, quelques riverains essaient de reconstituer le fil des événements  à l'aide d'informations rapportées de ci de là. "J'ai entendu qu'un jeune de 20 ans du quartier a été tué, c'est  dramatique", lance à deux de ses voisins Yvette, qui a requis l'anonymat comme  les autres personnes interrogées.  "On dit que c'est la police qui l'a renversé", commente Nadia.

"C'est vrai, il y a une femme qui a tout vu et elle affirme que la voiture  de police a touché le jeune (une version formellement démentie de source  judiciaire). On dit qu'il était livreur de pizza pour sous-entendre qu'il  roulait n'importe comment, c'est manipulé", intervient Mahmoud.

Dans ce concert de condamnations, quelques voix dissonantes, rares, se font  entendre. Yacine, un sexagénaire, qui vit "ici depuis longtemps", observe qu'    "il (Yakou Sanogo) était en excès de vitesse. Tout le monde sait ici qu'il  aimait beaucoup la vitesse. ça nous dérange, c'est normal qu'on appelle les  flics. Il s'est sauvé et s'est cogné contre une barrière métallique. C'est de sa  faute", dit-il.

Quelques mètres plus loin, au 208 avenue Pasteur, devant la pizzeria "Super  Pizza" où travaillait Youkou Sanogo, une feuille de papier a été apposée sur la  porte: "La boutique sera fermée le 10 août suite au décès de notre employé Mr  Sanogo. Merci". D'après des témoignages, la victime ne travaillait pas dimanche.     Dans les rues alentour, les quelques rares habitants qui acceptent de parler  aux journalistes racontent que la nuit a été "chaude". "Les jeunes se sont  enflammés, ça a dégénéré, ils recopient les choses qu'ils ont vues ailleurs",  explique Nicolas, témoin des voitures incendiées et poubelles brûlées, rues  Anatole France et Louise Michel.

"Les pompiers m'ont réveillée à 03H30 avec leur sirène et quand j'ai regardé  par la fenêtre, j'ai vu la fumée partout dans ma rue", relate Bernadette."Les jeunes sont très énervés. Ils disent qu'ils veulent venger leur pote.  Il y a beaucoup de tension, c'est normal, non ?", demande dans un sourire  Vincent qui promène son chien.

Par Luc OLINGA (AFP)

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