Suicides à France Telecom: Lombard s'excuse - social

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16/09/2009 | 10:03

Suicides à France Telecom: Lombard s'excuse

- Didier Lombard sommé de réagir face à la vague de suicides  - F2 -

Didier Lombard sommé de réagir face à la vague de suicides

© F2

Le PDG de France Télécom s'est excusé mercredi après des propos qui ont choqué sur les suicides de salariés

Didier Lombard avait évoqué une "mode du suicide" après que 23 salariés du groupe ont mis fin à leurs jours depuis 18 mois.

Il s'était engagé mardi à mettre un "point d'arrêt à cette mode du suicide", lors d'une conférence de presse après sa rencontre avec le ministre du Travail Xavier Darcos.

"Hier, par erreur, j'ai utilisé le mot 'mode' qui était la  traduction du mot "mood" (humeur ndlr) en anglais. Je m'excuse d'avoir fait ça",  a déclaré Didier Lombard mercredi sur RTL. "Le PDG est encore loin de percevoir le mal-être", avait déploré Sud, indigné qu'il ait évoqué une "mode".

Didier Lombard s'est engagé à "arrêter la spirale infernale des suicides" dans l'entreprise d'ici à la fin de l'année, en renforçant notamment l'encadrement et l'écoute des salariés.

Après un nouveau suicide vendredi (le 23e en un an et demi) et une tentative lundi, le gouvernement veut endiguer le mal-être des employés de l'entreprise.

"Il faut absolument casser ce mouvement-là", a souligné le PDG de France Télécom après sa rencontre avec le ministre du Travail Xavier Darcos, sur la vague de suicides qui frappe l'entreprise employant 100.000 personnes.

Au nombre des mesures décidées par l'entreprise, un numéro vert permettra aux salariés dans la difficulté de parler à des psychologues extérieurs à France Télécom et un cabinet d'audit sera désigné par les organisations syndicales pour dresser un état des lieux de la situation. Le nombre de médecins du travail va également être augmenté. "A la fin de l'année, on devrait être fin prêts pour repartir sur de nouvelles bases (...). Le France Télécom du mois de décembre ne sera pas le France Télécom d'aujourd'hui", a assuré Didier Lombard.

Mais "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion" et "casser le mouvement de spirale infernale", a-t-il insisté.

Didier Lombard a rappelé que France Télécom suspendait toutes les mobilités liées aux réorganisations jusqu'au 31 octobre, pour "immédiatement mettre à l'abri" les personnes qui seraient touchées par des mesures de mutations.

Le gouvernement souhaite que la hiérarchie du groupe public, largement privatisé, prenne des mesures face à ce phénomène pour lequel les syndicats mettent en cause les méthodes de management et les restructurations à outrance.

Pour Xavier Darcos, qui a pressé la direction de l'entreprise de prendre "toute la mesure du problème", "il est essentiel qu'elle accompagne attentivement ses personnels car il n'y a pas de progrès technologiques sans progrès social." Le ministre a encore estimé qu'"une grande partie du stress" des salariés était liée aux mutations.

Pour sa part, la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est dite mardi "favorable" à une négociation sur le harcèlement au travail demandée par la CFTC et a appelé les branches professionnelles à appliquer l'accord sur le stress au travail pour éviter la multiplication de suicides.

Cette réunion entre le ministre et Didier Lombard avait été décidée après un nouveau suicide d'une salariée de France Télécom vendredi à Paris, le 23e en un an et demi, qui s'est jetée par la fenêtre de son bureau. Depuis, lundi, une autre salariée de l'entreprise a tenté de se suicider à Metz, dans son bureau, en avalant des barbituriques.

Le PS interpelle le gouvernement
Le Parti socialiste avait demandé lundi que le gouvernement "exige la révision des modes d'organisation du travail" à France Télécom. "L'Etat, en tant qu'actionnaire de l'entreprise, doit s'opposer à la logique de rentabilité financière, qui a remplacé celle d'efficacité du service rendu", ont écrit dans un communiqué les secrétaires nationaux du PS Guillaume Bachelay (industrie) et Alain Vidalies (travail).

"Au cours des dernières années et de façon inquiétante depuis ces derniers mois, la violence comme mode de gestion du personnel est devenue la norme dans de nombreuses entreprises dont France Télécom", selon le PS qui fait part de "son indignation et de son émotion" après les suicides de salariés. "La mise en concurrence des personnes et le durcissement des rapports hiérarchiques ne sont pas une politique de ressources humaines, mais au contraire une stratégie de déshumanisation du lieu de travail", estiment les socialistes.

23 cas de suicides en 18 mois
Vingt-troisième cas de suicide dans l'entreprise depuis début 2008, une salariée de France Télécom, 32 ans, chargée de clientèle au service de recouvrement Orange, s'est jetée vendredi du 4e étage d'un immeuble du groupe à Paris (XVIIe) à l'issue d'une réunion de service où il lui avait été signifié son changement d'affectation.

Ce nouvel acte désespéré d'un salarié s'est ajouté à une série de six suicides durant l'été. Mercredi, un technicien de Troyes avait tenté de se tuer en se plantant un couteau dans l'abdomen lors d'une réunion après avoir appris la suppression de son poste.

Avant ce dernier drame, la direction, qui a été obligée de réagir, avait annoncé jeudi la suspension jusqu'au 31 octobre des "mobilités des personnes concernées par des projets de réorganisation", pour "réexaminer les conditions de leur mise en oeuvre".  Elle prévoit aussi l'ouverture de négociations sur le stress dès le 18 septembre, et le recrutement de 100 DRH de proximité et de médecins du travail supplémentaires.

La détresse des fonctionnaires
Libéralisation du marché des télécoms en 1988, entrée en Bourse en 1997, passage de l'Etat sous la barre fatidique des 50% en 2004, le groupe France Telecom a fait l'objet d'importantes mutations et restructurations ces dernières années.

Selon Pierre Morville, délégué syndical central (CFE-CGC/Unsa), le groupe, qui emploie 100.000 personnes, en a fait partir 40.000 entre 1995 et 2006, puis près de 30.000 depuis, "sans aucun plan d'accompagnement ni encadrement conventionnel". "Pour l'essentiel, ce sont des fonctionnaires âgés que l'on pousse à la démission", ajoute-t-il.

Et, selon les syndicats, ce sont les fonctionnaires, qui représentent encore 65% des effectifs, qui sont le plus touchés par la vague de suicides. Ils sont en effet tiraillés, depuis la privatisation de France Telecom en 1997, entre leur idéal de service public et la politique de rentabilité d'un groupe désormais coté au CAC40.

"Un plan de pré-retraites ne va pas résoudre tous les problèmes, mais il pourrait permettre à l'Etat de faire partir décemment des gens qu'il a lui-même recrutés dans les années 1970 et dont il ne veut plus aujourd'hui", estime Pierre Morville.

Outre le développement des stratégies commerciales, ces salariés ont subi des changements technologiques, avec l'informatisation du réseau, le développement de la téléphonie mobile et d'internet

 
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