Brice Hortefeux se défend d'avoir tenu des propos racistes
© France 2Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), qui a réuni lundi son bureau exécutif, veut faire citer le ministre de l'Intérieur pour ses "propos profondément humiliants et attentatoires à la dignité et la considération des personnes d'origine arabe", écrit le Mrap.
Il demande aussi la démission de Brice Hortefeux.
Pour le Mrap, Brice Hortefeux "a non seulement failli à son statut de ministre qui représente les valeurs de la République, mais de surcroît a participé à l'incitation à la discrimination, confortant ainsi les préjugés racistes en y apportant sa contribution".
Le parquet de Paris n'a pas confirmé lundi en fin de journée une éventuelle citation directe de M. Hortefeux devant le tribunal correctionnel.
En revanche, pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) la polémique est close. "Le ministre a clairement réaffirmé à la Licra sa détermination à lutter contre toutes les formes de discrimination et de travailler utilement aux questions d'intégration", dit l'organisation non gouvernementale, présidée par l'ancien député européen UMP Patrick Gaubert.
Le ministre de l'Intérieur est au centre d'une polémique après la diffusion d'une vidéo où il déclare en plaisantant au côté d'un jeune militant UMP d'origine arabe: "Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".
Partis de gauche et mouvements antiracistes fustigent les propos de Brice Hortefeux dont les images ont d'abord diffusées sur le site internet du Monde puis vendredi par la chaîne parlementaire Public Sénat.
Brice Hortefeux se défend
Le ministre de l'Intérieur, qui évoque une tentative de lynchage médiatique, a estimé qu'il s'agissait d'une "vaine et ridicule tentative de polémique", se défendant d'avoir fait référence à l'origine ethnique d'un militant.
Les faits se sont déroulés le 5 septembre sur le campus d'été des Jeunes UMP, à Seignosse (Landes), alors qu'on présentait à Brice Hortefeux un jeune militant d'origine maghrébine et membre d'une délégation de l'Auvergne. Le ministre de l'Intérieur était filmé en compagnie de Jean-François Copé et du jeune militant. Celui-ci était la cible de remarques qui se voulaient des plaisanteries: "Ca c'est de l'intégration." "Lui il parle arabe."
Brice Hortefeux a alors lâché: "Il ne correspond pas du tout au prototype." Et a enchaîné: "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va, c'est quand il y en beaucoup qu'il y a des problèmes."
Avalanche de réactions à gauche
La polémique intervient deux mois seulement après la nomination de Brice Hortefeux au ministère de l'Intérieur. Vendredi, sur France Inter, Ségolène Royal (PS) a déclaré que Brice Hortefeux devrait s'appliquer à lui-même "la jurisprudence" concernant le préfet Paul Girot de Langlade, soupçonné de propos racistes et mis à la retraite d'office.
De son côté, Martine Aubry, numéro 1 du PS, affirmait jeudi que "les Français ne peuvent accepter qu'un ministre puisse s'exprimer ainsi. Je ne tolérerai pas que des propos racistes soient tenus dans notre pays. La France, ce n'est pas cela (...) Brice Hortefeux disait il y a quelques jours qu'un haut représentant de la République ne pouvait pas tenir de propos racistes. Qu'il s'applique à lui-même cette règle !"
Le porte-parole du PS Benoît Hamon a renchéri en se demandant ce que faisait "encore au gouvernement " Brice Hortefeux, après des propos, à ses yeux, "honteux et inqualifiables". "C'est honteux de la part d'un ministre de l'Intérieur qui est en charge des politiques de sécurité publique et aujourd'hui un des piliers du gouvernement."
Toujours à gauche, le Mouvement des Jeunes socialistes a réclamé jeudi la démission de Brice Hortefeux, jugeant que ses paroles avaient "le bruit et l'odeur du racisme". Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) a souhaité que le ministre de l'Intérieur "change de poste". L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) s'est déclarée "choquée" et SOS-Racisme a appris "avec consternation" les propos de Brice Hortefeux et lui a demandé de "s'expliquer publiquement".
Côté écologistes, la porte-parole des Verts Djamila Sonzogni a estimé qu'"il ne s'agit rien de moins que du racisme banal, bête et méchant à la Dupont-Lajoie". "On sait dorénavant ce que M. Hortefeux a dans le ventre et ça ne sent pas bon."
Pour sa part, SOS Racisme, a appelé samedi Brice Hortefeux à revenir "sur ses propos le plus rapidement possible" et menace de "suspendre sa participation à la commission Jeunes-Police".
Dimanche, l'ancien premier secrétaire du PS, François Hollande a conseillé au ministre de l'Intérieur de faire "des excuses et demander pardon" pour ses propos.
Pour sa part, François Bayrou, le président du Modem, a estimé que s'il pouvait arriver à un homme politique de dire des "bêtises", "au moins ne (fallait)-il pas les défendre".
Le gouvernement fait bloc
Nicolas Sarkozy avait déclaré vendredi qu'il n'avait "pas de temps à perdre" avec la polémique créée par les propos de Brice Hortefeux. "Franchement, en ce moment j'aimerais que chacun se concentre sur son travail et ne perde pas de temps dans des polémiques", a déclaré le chef de l'Etat.
Dans un entretien au JDD, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a pris la défense du ministre de l'Intérieur. "Une conclusion s'impose: on ne peut plus faire des plaisanteries spontanées, dans un monde où tout le monde, tout le temps, est filmé", considère M. Guéant qui trouve "très injuste qu'on accuse Brice de racisme".
"Je connais bien Brice Hortefeux, et je trouve complètement incongru d'imaginer qu'il puisse avoir du racisme dans son coeur. C'est pas un type comme ça, c'est un type qui est drôle, qui blague tout le temps", a dit vendredi la ministre de l'Economie Christine Lagarde sur Canal+. Pour elle, il s'agit d'une polémique orchestrée par l'opposition.
"Je suis révoltée par un procès médiatique absolument misérable", a dit de son côté la ministre de la Santé Roselyne Bachelot sur France 2.
Le ministre de l'Education Luc Chatel nie tout propos raciste, parlant de "harcèlement" et refusant toute démission. Ces soutiens s'ajoutent à ceux de plusieurs autres ministres et du chef du gouvernement François Fillon. Le Premier ministre a déclaré jeudi sur TF1 que le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux était "victime d'une campagne de dénigrement assez scandaleuse".
De son côté, Fadela Amara, pour minimiser les propos ambigus du ministre, trouve que Brice Hortefeux "a de l'humour". "Peut-être que Benoît Hamon ferait mieux de s'occuper des fraudes au PS", a lancé la secrétaire d'Etat à la Ville. Le porte-parole du PS avait demandé jeudi ce que le ministre de l'Intérieur faisait "encore au gouvernement".
Autres soutiens au ministre
Pour Jack Lang "l'incident a été monté en épingle et probablement mal interprété". "Je le connais depuis très longtemps, c'est un homme honnête. Je ne suis pas d'accord avec la politique qu'il a menée à l'immigration, mais j'ai de la sympathie personnelle pour lui", a expliqué le député socialiste au Parisien. "Il n'a jamais cédé à des instincts racistes. Les choses s'emballent dans ce genre d'affaire", a-t-il ajouté.
Pour sa part, le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a apporté samedi son "soutien personnel" à Brice Hortefeux. Il a tenu à lui "manifester tout (son) soutien personnel, tant la probité de ce ministre et son contact ont été gratifiants pour les Musulmans d'Auvergne, une région de France pour laquelle nous partageons un très grand attachement". "Je témoigne qu'il n'a eu que des paroles de respect et d'aménité pour toute la communauté musulmane de France dans mes contacts avec lui", a ajouté l'ancien président du Conseil français du culte musulman.
De son côté, le syndicat Unsa-police apporte "son soutien" au ministre de l'Intérieur" et "s"interroge sur la polèmique" créée.
Le militant UMP visé défend Hortefeux
Le militant UMP présent sur cette vidéo, interrogé par Le Monde.fr, refuse d'y voir un dérapage et défend le ministre de l'intérieur: "Ca a été entièrement sorti du contexte. Mon secrétaire départemental blaguait avec le ministre parce qu'il parle auvergnat et c'est de là que c'est parti." Visiblement énervé d'apparaître ainsi sur ces images, il affirme: "C'est honteux. Je suis Arabe mais il m'a tout à fait respecté, ce n'était pas du tout mal placé. Et je ne considère pas que c'est un dérapage."
Le préfet Langlade à Hortefeux: "Le plus raciste des deux, ce n'est pas moi"
Le préfet Paul Girot de Langlade, soupçonné de propos racistes et "mis à la retraite d'office", a estimé jeudi sur France Info à propos de la vidéo de Brice Hortefeux sur l'immigration qu'il n'était pas "le plus raciste des deux". Paul Girot de Langlade a accusé le ministre de l'Intérieur d'avoir monté une cabale contre lui pour faire oublier le passage du ministre au portefeuille de l'Immigration et de l'Identité nationale.
Le préfet, soupçonné de propos racistes et suspendu à la mi-août de ses fonctions, a été "mis à la retraite d'office"mercredi. Il est visé par une enquête judiciaire pour "injures publiques à caractère racial", après la plainte d'une employée de sécurité de l'aéroport parisien d'Orly. A la mi-août, excédé par un contrôle, il aurait, selon une source judiciaire, déclaré: "On se croirait en Afrique", "il n'y a que des Noirs ici."
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