Ségolène Royal demandant le retrait de la taxe carbone, à l'université du PS, à La Rochelle, le 28 août 2009
© AFP/XAVIER LEOTYLa première secrétaire du PS a répété lundi sur France-Info que le PS était "en accord total" avec les Verts et "avec tous les partenaires de la gauche" sur cette question.
Le leader d'Europe-Ecologie Daniel Cohn-Bendit a toutefois jugé que les déclarations du PS sur la taxe carbone étaient ambiguës.
Il a estimé lundi sur RTL que "toute introduction d'une fiscalité écologique" était "difficile". "Discutons, mettons-nous autour d'une table, trouvons une possibilité qui soit socialement soutenable", a-t-il ajouté, soulignant que "la lutte contre la dégradation climatique ne peut pas attendre que la gauche arrive au pouvoir".
Benoît Hamon, porte-parole du PS, a estimé lundi que la taxe carbone "à la mode Sarkozy" était un "bon principe" mais souffrait d'une "mauvaise exécution", jugeant que "pas un seul écologiste sérieux" ne pouvait trouver que c'était un "bon projet" en l'état actuel.
"Demandez à Nicolas Hulot s'il est d'accord avec la taxe carbone à la mode Sarkozy, vous verrez que vous ne trouverez pas un seul expert et un seul écologiste sérieux pour vous dire que le projet du gouvernement est un bon projet", a assuré M. Hamon sur i-Télé.
Les socialistes avaient marqué à leur université d'été de La Rochelle leur opposition à la taxe carbone proposée par le gouvernement.
"Nous voulons une fiscalité écologique mais nous ne voulons pas de cette taxe carbone telle qu'envisagée par l'UMP (...), inefficace sur le plan écologique et injuste socialement", avait dit Martine Aubry dimanche à La Rochelle.
Dès l'ouverture de la manifestation, Ségolène Royal avait lancé le débat en dénonçant un impôt "injuste".
Mme Royal se réjouit que le PS se soit rallié à son avis
La présidente PS de Poitou-Charentes, s'est réjouie dimanche d'un changement de position du PS sur la taxe carbone, estimant avoir suscité cette évolution.
"Je suis contente de voir que le PS a changé sa position sur la taxe carbone", a déclaré sur France 2, en direct de Poitiers, l'ancienne candidate à la présidentielle.
"Si je n'avais pas parlé, tous les leaders politiques, tous les responsables politiques étaient d'accord pour cet impôt nouveau", a-t-elle observé.
Selon elle, "le réchauffement climatique est un problème majeur" et "une fiscalité écologique peut être très efficace, à condition qu'elle soit juste".
La taxe carbone, a-t-elle expliqué, "est un impôt nouveau sur l'essence, sur le gasoil et le fuel domestique. Est-ce que, oui ou non, les Français ont aujourd'hui le choix entre une voiture électrique et une voiture au gasoil? Non. Cette taxe est particulièrement injuste alors qu'une fiscalité écologique peut être très efficace si elle est juste, par exemple la fiscalité sur les déchets que j'ai faite lorsque j'étais ministre de l'Environnement".
Aujourd'hui, a-t-elle dit, "il faut d'abord que le gouvernement développe les transports en commun propres, la voiture électrique qui peut sauver l'industrie automobile française et ensuite on mettra en place un système de bonus-malus pour que l'orientation des comportements des Français puisse permettre la protection de la planète".
Dans ce débat, les socialistes se trouvaient quelque peu en porte-à-faux. Dans un premier temps, ils avaient semblé soutenir du bout des lèvres la taxe proposée par le gouvernement de François Fillon. De plus, la commission chargée d'en jeter les bases a été présidée par un des leurs, Michel Rocard.
Les propos de Ségolène Royal à La Rochelle samedi
"Je n'ai jamais pensé que l'écologie devait se défendre par la punition. Au contraire, l'écologie doit se défendre par l'impulsion", a lancé la présidente de Poitou-Charentes.
Contrairement à la direction du PS qui a soutenu, quoique du bout des lèvres, l'idée d'une taxe carbone, l'ancienne candidate à la présidentielle juge qu'il s'agit d'un impôt "absurde, injuste, historiquement décalé dans le temps".
Elle a dénoncé "un impôt insupportable pour ceux qui n'ont pas le choix entre acheter un véhicule polluant puisqu'il n'y a que ça sur le marché et une voiture électrique parce que celle-ci n'est pas encore fabriquée en grand nombre".
"Je dis: 'retirez cet impôt M. Fillon et mobilisez votre énergie pour la montée en puissance de l'industrie automobile française et mettre massivement sur le marché des voitures électriques pas chères pour que les familles puissent choisir", a déclaré la présidente de Poitou-Charentes qui a contribué à sauver de la faillite le constructeur de voitures électriques Heuliez..
Elle n'a, par ailleurs, pas manqué de valoriser sa stature internationale, rappelant qu'elle avait été nommée représentante mondiale aux Nations unies sur les coopérations en matière d'énergies renouvelables. A ce titre, elle a annoncé qu'elle serait à l'Onu à New York le 21 septembre puis au sommet sur le réchauffement climatique de Copenhague en décembre.
La réaction des Verts
"Ce qu'a dit Ségolène Royal, c'est complètement ridicule, c'est absolument ridicule", a déclaré le chef de file des Verts aux dernières européennes, Daniel Cohn-Bendit, sur Europe 1. Il a estimé qu'une telle position pourrait être un obstacle à une participation des écologistes à des primaires ouvertes à toute la gauche.
"Si voter pour les primaires, c'est dire: 'la contribution climat-énergie, on n'en veut pas', c'est complètement idiot, on ne peut pas y participer", a-t-il dit. Pour le député européen, "la fiscalité écologique est une nécessité, une urgence". "C'est Ségolène Royal qui, pendant toute la campagne électorale, [a défendu] l'ordre juste, avec les punitions nécessaires et qui aujourd'hui, se fait le chantre d'un néo-libéralisme du comportement. C'est aberrant !", a-t-il ajouté.
La secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, avait dénoncé samedi les dirigeants politiques qui contestent la fiscalité écologique, visant indirectement Ségolène Royal. "Toutes celles et tous ceux qui s'aventurent à critiquer dans son principe et dans ses fondements la fiscalité écologique ne sont que des démagogues déconnectés de la réalité", a-t-elle déclaré devant le militants socialistes à La Rochelle. "Cette 'contribution climat-énergie' doit être la première pierre d'une nouvelle redistribution, d'un nouveau partage des risques parce que ceux qui polluent le plus ce ne sont pas les plus démunis", a-t-elle ajouté.
"Nous sommes totalement favorables et nous demandons une taxe climat énergie qui touche toutes les formes d'énergie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui dans ce que prépare le gouvernement", a conclu Cécile Duflot.
"Une opération de camouflage", selon Raffarin
"Le PS, c'était une opération de camouflage ce week-end, ils disent qu'ils veulent une fiscalité écologique mais ils ne veulent pas la taxe carbone (...) c'était une opération maquillage", a déclaré l'ancien Premier ministre sur Canal+.
La taxe carbone, "c'est une redistribution, ce n'est pas pris chez les Français pour aller dans les caisses de l'Etat, c'est quelque chose qui pénalise une énergie pour aller vers d'autres énergies", a-t-il ajouté, estimant que ce n'était "pas une taxe", soulignant qu'"il faut consommer moins de pétrole".
"Au fond, (les socialistes) sont restés dans les divisions, ils les maquillent. Sur l'environnement, on voit bien qu'ils sont encore très loin des Verts", a-t-il fait valoir.
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