Une page Twitter consacrée à Michael Jackson
© AFPL'interrogation a pris de l'acuité avec la décision du Washington Post de publier des règles encadrant strictement l'usage des réseaux sociaux (notamment Twitter et Facebook) par ses journalistes.
Pour le journal américain, "rien" de ce qui est fait sur ces réseaux ne doit permettre de "soulever la question de l'impartialité" de ses salariés.
Désormais, le Washington Post ne badine plus avec le sujet : interdit aux rédacteurs de livrer une quelconque opinion, même sur des pages verrouillées ou à l’accès limité. En France, où en est la réflexion ? Elle débute à peine.
Faut-il être présent sur Twitter ?
Pour les journalistes que nous avons interrogés, la question ne se pose même pas : il y a une veille indispensable à accomplir sur Twitter comme sur Internet ou Facebook. Philippe Mathon (Le Point.fr) affirme avoir compris, à la lecture des commentaires sur son site, que de nombreux politiques, sur l'affaire Polanski, avaient réagi à contre-courant d'une grande partie de l'opinion et allaient s'en mordre les doigts.
Sur Twitter, un journaliste représente-t-il son journal ou joue-t-il perso ?
Du côté de Lexpress.fr, où le directeur de la rédaction Christophe Barbier -grande première - avait tweeté (envoyé, d'un ordinateur ou d'un téléphone, des messages de 140 signes maximum) en direct une rencontre avec Nicolas Sarkozy, le rédacteur en chef Eric Mettout y a réfléchi d'assez près : "Si j’interviens sur Twitter, j’engage le site. D'un autre côté, ce n'est pas possible d'intervenir de façon institutionnelle, comme le réclame le Washington Post : si c'est totalement aseptisé, ça n'a plus aucun intérêt, c'est une ânerie."
Et de souligner que se joue aussi la question du "personal branding" : en envoyant sur son fil Twitter des infos ou des indiscrétions, un journaliste peut devenir à lui seul une source précieuse d'information, qui draine des followers (suiveurs) et, espère-t-on, des lecteurs, auditeurs ou spectateurs sur le média qui l'emploie. "Quand Christophe Barbier envoie des messages en direct de l'Elysée, on s’en sert de façon délibérée", souligne Eric Mettout. Et d'ajouter" Sur l’Internet français, certains journalistes, comme Guy Birenbaum, sont déjà des marques".
Plus cynique encore, ou plus averti, Johan Hufnagel (ancien de 20 minutes et de Libération, désormais rédacteur en chef du site Slate.fr) estime qu'un journaliste peut jouer perso : "L’attachement au titre n’est plus évident. Et l'on peut, comme lecteur, suivre quelqu’un précisément, lui faire confiance, de la même façon qu’il y a 15 ans, on pouvait acheter Libération ou Le Monde pour les éditoriaux de Serge July ou de Jean-Marie Colombani. On est dans le micro publishing". Les plus populaires des journalistes français sur Twitter ne dépassent guère quelques milliers de followers quand les journalistes américains en comptent des centaines de milliers, mais le mouvement est (timidement) amorcé.
La provocation sur Twitter, un marketing assumé?
Franchissant un pas de plus, Eric Mettout "assume de faire de la provocation parce que c’est intéressant". "Sur l'affaire Polanski", dit-il, "je me suis énervé et j'ai réagi assez vivement aux commentaires sur lexpress.fr qui attaquaient le cinéaste parce qu’il est connu, parce qu’il est artiste et parce qu’il est juif. Sur Twitter on peut parler vite et assez librement, on est dans la conversation. J’aime assez créer ou participer à des tweetclashes (clash ou affrontement sur Twitter), ce qui ne m’empêche pas d'avoir des positions plus nuancées en réalité". Des tweetclashes qui créent du buzz, du bruit, et, au final, servent plus qu'elles ne desservent L'Express... à conditions de rester dans les clous.
Rester dans les clous...
Ah l'obsession de rester dans les clous ! Pures players ou version web des médias classiques, peu de journalistes y échappent. Pour Philippe Mathon (Lepoint.fr), "Il n’y a pas un général quatre étoiles censé régimenter tout le monde, chaque journaliste fait comme il le sent, écrit en son nom propre. Mais c’est vrai que sur Twitter, il peut y avoir des dérapages, ça va très vite, à un moment, on ne maîtrise plus la Toile." Et de raconter comment le journaliste Renaud Revel avait été estomaqué du flot de commentaires suscité par un de ses billets. Entre souci du marketing - un peu de provoc ne saurait nuire - et crainte d' un impair majeur, quel est le périmètre autorisé ? Chacun navigue à vue.
Un journaliste peut-il -doit-il -exprimer ses opinions ?
Pour Johan Hufnagel (Slate.fr), l'obligation de neutralité, extrême dans les journaux américains de qualité (voir la longueur de la charte déontologique du New York Times pour les journalistes) n'est pas la même "aux Etats-Unis qu’en France, où on est plus dans une presse d’opinion".
Laurent Mauriac (Rue 89) va plus loin: "On est dans un espace différent sur les réseaux sociaux . Il peut y avoir d’autres règles qui s’appliquent. C’est intéressant pour le lecteur de connaître les opinions du journalistes et plus honnête".
Un journaliste peut-il -doit-il- raconter sa vie ?
Résolument "old school", les journalistes que nous avons interrogés n'entendent pas narrer sur Twitter les babillements de leur petit dernier, leur ultime conquête ou leur prochain divorce. "A partir du moment où j'indique sur mon fil Twitter que je suis journaliste France 2, cela engage la chaîne. Si c’est pour dire que j’ai bien mangé et que je vais à la piscine, il y a Facebook", déclare Amaury Guibert, qui suit le procès Clearstream en live sur Twitter.
Pas sûr que chacun soit sur cette ligne : de l'aveu de Philippe Mathon (le Point), la nouvelle génération 20/30 ans, "digital native", sera plus bavarde et encline à se raconter par le menu.
Faut-il une charte ?
Pour l'instant, la sévère charte édictée par le Washington Post n'a pas fait d'émules dans l'hexagone. Amaury Guibert juge qu'il faut se "faire confiance", entre "gens responsables", Eric Mettout qu'"un journaliste n'a pas à se mettre au garde-à-vous". Seul Johan Hufnagel pense que des règles internes et propres à chaque site doivent être introduites" sans s'avancer davantage. Nul doute qu'un scandale comme il en éclot régulièrement, sur la Toile, ou dans des médias prêts à pourfendre les dérives vraies ou fausses d'Internet, pourrait accélérer le débat. En attendant, le microblogging en 140 signes a encore un bel avenir, en toute liberté.
A lire aussi :
. "Aux Etats-Unis, twitter, ça s'apprend" (Cécile Dehesdin, SlateFr)
. l'article de Laurent Mauriac sur Rue89
. les règles du Washington Post
|
||||||||
![]() |
||||||||
Participez à la meilleure simulation de skis et gagnez les cadeaux mis en jeu !
et le Club France Télévisions vous permettent d'organiser vos séances de sport quand vous le voulez !
Plus accessible, plus ludique, plus convivial, plus pratique : le nouveau site de Télématin est fait pour vous !
Tout l'univers de PBLV: résumés vidéo, personnages, actu & bonus, VOD et le forum !
Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2010 France Télévisions
commentaires