Rassemblement mercredi devant la prison de Jackson pour la grâce de Troy Davis, exécuté dans la soirée

Rassemblement mercredi devant la prison de Jackson pour la grâce de Troy Davis, exécuté dans la soirée

AFP
Troy Davis a été exécuté mercredi aux Etats-Unis après avoir clamé son innocence jusqu'au bout

Avant son exécution, Troy Davis, un Afro-américain de 42 ans, qui a passé vingt-deux ans dans les couloirs de la mort, s'est dit une ultime fois innocent du meurtre du policier blanc pour laquelle il avait été condamné en 1991.

La mort par injection a été prononcée à 23h08 mercredi soir dans la prison de Jackson.

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"Je ne suis pas responsable de ce qui s'est passé cette nuit-là (en 1989). Je n'avais pas d'arme à feu", a-t-il dit dans la chambre d'exécution, selon Rhonda Cook (du Journal-Constitution, Atlanta).

"Ce n'est pas moi qui ai tué votre fils, votre père ou frère. Je suis innocent!", a-t-il dit aux membres de la famille du policier assassiné venus assister à l'exécution. . "A ceux qui s'apprêtent à m'ôter la vie, que Dieu vous bénisse",  a-t-il ajouté. 

Initialement prévue à 19h00 locales, l'exécution a été retardée  de plus de quatre heures, dans l'attente d'une décision de la Cour suprême des  Etats-Unis, qui a finalement autorisé sa mise à mort. Le décès a été constaté à  23h08, une quinzaine de minutes après le début de l'exécution.

Condamné à mort pour le meurtre du policier Mark MacPhail tué par balles  sur un parking de Savannah en 1989, Troy  Davis  avait déjà échappé à trois  exécutions grâce à de multiples recours judiciaires évoquant des doutes quant à  sa culpabilité.

Devant la prison de Jackson, un profond silence s'est abattu
Les centaines de manifestants présents à l'extérieur de la prison ont  accueilli la nouvelle dans un profond abattement après avoir espéré pendant des heures un improbable geste de la plus haute juridiction du pays. De nombreuses personnalités, dont le prix Nobel de la paix Desmond Tutu et la religieuse Helen Prejean, auteur de "Dead Man Walking" (La Dernière marche), militaient depuis des années contre l'exécution de Troy  Davis . La France et le Conseil de l'Europe avaient joint cette semaine leur voix à ces militants.

 

La France déplore l'exécution de Troy Davis

"Nous déplorons vivement que les nombreux appels à la clémence n'aient pas été entendus", indique jeudi un porte-parole du ministre des Affaires étrangères et européennes dans un communiqué qui réaffirme l'opposition de la France à la peine de mort "quels que soient les lieux et les circonstances".

Robert Badinter, le ministre socialiste de la Justice qui fit adopter la loi abolissant la peine de mort en France en 1981, a qualifié l'exécution de Troy Davis de "défaite pour l'humanité".
"S'il est innocent, comme nous en sommes convaincus, c'est un crime, un assassinat judiciaire. Cette affaire restera comme une tache sur la justice des Etats-Unis", a-t-il lancé.

Amnesty dénonce "l'exécution lâche et honteuse de Troy Davis "
Amnesty International France a dénoncé jeudi matin "l'exécution lâche et honteuse de Troy  Davis" et appelé "à poursuivre le combat pour l'abolition universelle de la peine de mort".

"Aujourd'hui, la Géorgie n'a pas seulement tué Troy Davis , elle a aussi tué la confiance de tous les soutiens de Troy, à travers le monde, dans le système judiciaire aux Etats-Unis", a déclaré Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France.

 

Sept témoins sur neuf se sont rétractés
Lors du procès, neuf témoins l'avaient désigné comme l'auteur du coup de  feu mais l'arme du crime n'avait jamais été retrouvée et aucune empreinte  digitale ou ADN n'avait été relevée. Depuis, sept témoins s'étaient rétractés,  certains d'entre eux affirmant avoir été incités par la police à accuser Troy   Davis .

Les ultimes requêtes rejetées
La dernière  requête déposée mercredi matin par l'avocat de Troy Davis, Me Brian Kammer, citait notamment "un  faux témoignage" du médecin légiste qui a autopsié le corps du policier décédé.  Mais cette requête a été rejetée successivement en première instance puis par  la Cour suprême de Géorgie et enfin par la Cour suprême des Etats-Unis.

La veille, le comité des grâces de Géorgie avait rejeté un précédent  recours, ouvrant la voie à l'exécution. Troy  Davis  s'était ensuite adressé par  écrit à ses partisans depuis le couloir de la mort où il se trouvait depuis 20  ans, affirmant que "le combat pour la justice" ne s'arrêterait pas avec lui.

Barack Obama a refusé d'intervenir
Le président Barack Obama avait fait savoir mercredi soir qu'il se refusait  à intervenir. Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a indiqué qu'il  n'appartenait pas au président "de peser sur des affaires spécifiques comme celle-ci, qui est une procédure d'Etat fédéré". 

Interrogée sur la chaîne de télévision CNN, Anneliese MacPhail, la mère du policier tué en 1989, avait dit attendre "soulagement et paix" de l'exécution de  Troy Davis, après "l'enfer" qu'elle a vécu depuis la mort de son fils.

46 exécutions aux Etats-Unis en 2010
Le New York Times avait dénoncé "les nombreuses graves erreurs" commises  dans le dossier Davis prouvant à nouveau "la barbarie  de la peine de mort".

Les Etats-Unis ont pratiqué 46 exécutions en 2010.

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